Le gouvernement a décidé de prendre en main le problème de la santé des jeunes de l'Aide sociale à l'enfance (ASE) en lançant un nouveau dispositif ambitieux, comprenant le remboursement des soins psychologiques et un suivi médical coordonné. Cette initiative vise à corriger des inégalités flagrantes, les parcours de vie tumultueux souvent associés à des problèmes de santé mentale et physique.
Ces enfants, déjà confrontés à des contextes familiaux difficiles ou à des violences flagrantes, présentent des cas de psychotraumatismes complexes et de troubles psychiques souvent non détectés, rendant leur suivi médical extrêmement délicat. Selon le ministère de la Santé et des Familles, l'espérance de vie des victimes de violences durant leur enfance est réduite en moyenne de vingt ans.
Jeudi, le ministère a donc présenté le "parcours coordonné renforcé (PCR) enfance protégée", s'inspirant de l'expérimentation de Pegase et de Santé protégée, mises en place pour les jeunes de l'ASE. Ce programme s'adresse aux enfants, adolescents et jeunes adultes jusqu'à 21 ans, suivis par les services sociaux.
Désormais, chaque enfant sous la protection de l'enfance aura droit à un bilan de santé systématique. Les structures de coordination départementales veilleront à ce que les rendez-vous médicaux (ophtalmologiques, ORL, dentaires, etc.) soient honorés.
Un des apports majeurs réside dans l'accès à la santé mentale : "Les jeunes pourront consulter des psychologues et psychomotriciens en libéral, en évitant ainsi les longs délais d'attente souvent constatés dans les centres médico-psychologiques (CMP)", souligne Mireille Rozé, coordinatrice adjointe du programme Pegase.
L'initiative permet désormais le remboursement de jusqu'à 18 séances annuelles de psychothérapie ou de psychomotricité, ce qui pourrait changer la vie de nombreux enfants. "Les retours d'expérience montrent qu'après seulement cinq séances de psychomotricité, des enfants de deux ans retrouvaient un développement normal", témoigne la psychologue.
À Nantes, des initiatives novatrices ont vu le jour, offrant des suivis en santé sexuelle aux mineures issues de l'ASE, victimes de réseaux de prostitution. Ces efforts ont porté leurs fruits, permettant de trouver rapidement des consultations avec des psychologues pour des adolescents en détresse. "Les éducateurs gèrent parfois une multitude d'enfants et n'ont pas toujours le temps de s'occuper des prises de rendez-vous", déclare la pédiatre Nathalie Vabres, auteure de l'expérimentation.
"Ces enfants sont les plus vulnérables et, pourtant, ils ne reçoivent pas le suivi nécessaire", constate-t-elle. Le projet inclut la formation d'un réseau de professionnels spécialisés dans les problématiques de cette population.
Le parcours coordonné renforcé a déjà fait ses preuves, avec une étude sur 600 enfants montrant une réduction des risques de retard de développement. En plus, les hospitalisations et les passages aux urgences ont significativement diminué, permettant d'économiser 241 euros par enfant par an. Environ 400 000 mineurs ont besoin de protection en France, représentant près de 2 % des 0-18 ans, et ils occupent deux tiers des lits d'hôpital en pédopsychiatrie, comme le rappelle le ministère. Ce nouvel espoir pourrait donc transformer l'avenir de ces jeunes en détresse.







