Reportage. Au cœur des oppositions iraniennes, le Kurdistan irakien est devenu le théâtre d'un conflit intensifié, connu pour avoir subi plus de 350 frappes de drones iraniennes. Alors que le pays sombre dans le chaos, cette région tente de garder la tête hors de l'eau.
Notre voyage commence à Erbil, capitale de la région autonome, où la route se dessine entre de vastes plaines et des montagnes rocailleuses. Chaque trentaine de kilomètres, les check-points militaires nous obligent à nous arrêter, fouillés par des soldats préoccupés. "Ici, les attaques de drones sont quotidiennes. La sécurité est maximale", confie notre chauffeur, l'inquiétude perceptible dans sa voix.
Nous nous rendons dans le district de Souleymanieh, à la frontière avec l’Iran, où des combattants kurdes iraniens sont actifs. Nous nous rendons chez les membres du Pak, le Parti de la Liberté du Kurdistan, qui s’efforcent de renverser le régime en place en Iran. Au milieu d’une végétation dense, une jeune combattante nommée Shilan nous déclare avec détermination : "Les Iraniens nous bombardent pour nous intimider, mais ils craignent notre coalition."
Une intervention encore incertaine
Plus loin, Rojin, en activiste aguerrie, évoque les décennies de lutte : "Nous connaissons le terrain mieux qu'eux. Le moment viendra où nous agirons, mais pour l'instant, nous restons prudents et échangeons des informations." La menace d’un drone se profile en permanence, renforçant notre empressement à quitter les lieux.
En route vers Erbil, nous croisons des camps du PDKI, le Parti Démocratique du Kurdistan d’Iran, encore marqués par des attaques récentes. Alors que nous tentons d'observer, un militaire nous avertit : "C’est interdit de rester ici."
À Erbil, la situation reste tendue, notamment près de l'aéroport où, de manière quasi quotidienne, des frappes sont rapportées. "C’est un drone, ça arrive tout le temps!" s’exclame notre chauffeur. Les réseaux sociaux s’enflamment après des attaques répétées menées par des milices chiites pro-iraniennes, rendant l'air encore plus lourd de tension.
La solidarité kurde en temps de crise
Les quartiers d’Erbil sont désormais sous la menace de débris de drones interceptés. Une habitante de Gazna partage son indignation : "Nous ne voulons pas de guerre. Nos luttes sont les leurs, mais pas l'inverse." Un ancien peshmerga exprime, quant à lui, sa détermination : "Si cela continue, nous interviendrons, tout comme en Syrie."
Amanj Zibai, un responsable du PDKI, évoque la nécessité d’une préservation de la sécurité au Kurdistan mais prédit que la neutralité est de plus en plus illusoire. "Le Kurdistan et l’Irak ne peuvent rester en dehors de cette crise. Les attaques sur les troupes américaines se multiplient et le silence du gouvernement en place est préoccupant," déclare-t-il. La montée en puissance des milices chiites, autrefois actives contre Daech, devient aujourd'hui un fardeau pour le pays.
La situation est critique, et le Kurdistan risque de se retrouver bien plus que simple spectateur alors que tensions et armes fusent autour de lui. Le spectre d'un embrasement général plane au-dessus de cette terre pétrie d'histoire et de résistance.







