Le vent d'incertitude souffle sur le nord-est syrien depuis la chute du régime de Bachar al-Assad. Ce dernier a laissé place à un gouvernement de transition, dirigé par Ahmad al-Charaa, alors que le système de sécurité, auparavant sous le contrôle des Forces démocratiques syriennes (FDS), s'effrite. Entre le 19 et le 21 janvier, des centaines de djihadistes, dont des Français, se sont retrouvés en liberté suite à des violences en cours dans la région, rapportait TF1.
Des photos montrant des vêtements orange au sol dans la prison d'Al Shaddadi témoignent de la fuite de ces détenus. Elizabeth Sheppard Sellam, maîtresse de conférence à l’Université de Tours, analyse cette situation inquiétante pour La Dépêche du Midi.
Quelle est la situation actuelle en Syrie ?
Elizabeth Sheppard Sellam : Dans le nord-est de la Syrie, on assiste à une recomposition rapide et instable. Si le contrôle n'a pas totalement cédé place à un chaos complet, il est évident que le contexte sécuritaire est menacé. Nous entrons dans une phase délicate où le rôle des acteurs change au sein d'un environnement encore trop instable.
Les Français et Européens peuvent-ils de nouveau collaborer avec Damas ?
Il est essentiel de repenser nos anciennes approches. Le nouveau gouvernement syrien cherche à se démarquer comme un interlocuteur sérieux, en particulier face aux Américains et Israéliens, en affichant sa volonté de gérer le dossier des détenus de Daesh. La question clé est désormais de savoir si les autorités syriennes peuvent devenir des partenaires fiables.
Que sait-on de l’évasion de djihadistes, notamment ceux d’origine française ?
Il convient de reconnaître que les chiffres concernant les Français détenus varient constamment. Actuellement, on estime qu'entre 110 et 120 ressortissants français demeurent en zone syro-irakienne. Cependant, ces chiffres fluctuent en fonction des différents facteurs, rendant leur vérification complexe.
Doit-on craindre que des combattants de Daesh soient dans la nature ?
Il existe effectivement un risque sécuritaire palpable, mais il faut éviter de comparer la situation actuelle avec celle de 2015. Bien que des djihadistes émayés puissent constituer une menace, l’organisation Daesh ne possède plus les infrastructures nécessaires pour coordonner des attentats de grande envergure. La menace actuelle est plus fragmentée, reposant sur des micro-réseaux et des inspirations à distance via les réseaux sociaux, compliquant ainsi la détection.
Comment la situation actuelle résonne-t-elle avec celle d’il y a quelques années ?
Il y a effectivement des similitudes, mais aussi des différences significatives. Si la zone syro-irakienne a toujours une importance cruciale, les capacités de détection et la coopération judiciaire ont évolué positivement. Nous sommes mieux équipés qu’il y a dix ans, bien que les risques demeurent dans ce contexte de transition variable.







