L'affaire de la "glace groenlandaise", que Donald Trump a tenté de capter avec maladresse, souligne un échec retentissant pour la doctrine verte européenne.
Difficile de trouver un chef d'État plus sceptique sur le climat que Donald Trump. Chaque prise de parole sur l'écologie se transforme en une comédie, tantôt loufoque, tantôt absurde. Lors de son premier mandat, il annonçait la sortie des États-Unis de l'Accord de Paris sur le climat, marquant une rupture nette avec les engagements environnementaux. Sa discorde avec Elon Musk est également liée à des décisions visant les voitures électriques, que l'illustre entrepreneur n’a pas prises à la légère. Quant aux éoliennes européennes, Trump n’a pas hésité à les qualifier d'échecs lors d'un récent Forum économique à Davos.
Pourtant, paradoxalement, la main que Trump cherche à mettre sur le Groenland—ce "bout de glace", comme il l’a décrit—pourrait finalement se révéler plus visionnaire sur le plan climatique que l'ensemble des initiatives de l'Union européenne au cours des deux dernières décennies.
Bien qu'il prétende que l'intérêt des États-Unis pour la plus grande île du monde soit motivé par les menaces de la Russie et de la Chine en Arctique, la réalité souligne une dimension plus vaste : le Groenland se trouve au centre des nouveaux équilibres géoéconomiques, mêlant routes maritimes, ressources naturelles, énergie et données numériques.
Après le pétrole, l’Eldorado des glaces
Le réchauffement climatique a permis l'émergence d'une nouvelle route maritime au pôle Nord, entre l'Extrême-Orient et l'Europe, offrant un itinéraire beaucoup plus court pour le commerce international. Par exemple, le trajet maritime du Nord réduit la distance à parcourir entre Yokohama et Rotterdam de 14 448 milles marins à seulement 7 010, même si l'utilisation de cette voie reste limitée aux périodes chaudes. Toutefois, la Russie prouve que des brise-glaces peuvent prolonger ce temps d'accès de plusieurs mois.
Les États-Unis, sous la présidence de Trump, ne peuvent ignorer que la Chine contrôle désormais plus de 60 % de l'extraction des minerais au niveau mondial, tout en raffinant 90 % des terres rares. Cela engendre une dépendance croissante de l'Amérique envers ce rival pour des matières critiques dans des secteurs stratégiques tels que l'armement et l'informatique.
La richesse du Groenland en ressources naturelles—fer, nickel, or, platine, et des réserves d'uranium significatives—rappelle que, malgré les difficultés d'accès et les investissements nécessaires pour son exploration, l'île représente un véritable trésor. Selon CNBC, Drew Horn, un ancien membre de l'administration Trump, travaille déjà sur la construction d'un immense centre de données au Groenland.
Les Big Tech continuent d’étendre leurs centres de données, et l'essor de l'intelligence artificielle exige de plus en plus de puissance énergétique. Les inquiétudes croissantes des écologistes se concentrent désormais sur la nécessité de déployer ces infrastructures dans des zones offrant un refroidissement naturel, évitant ainsi de pomper de l’eau de rivière ou de consommer des quantités astronomiques d’énergie.
En Europe, la terre est redevenue plate
Malheureusement, alors que le combat pour le climat se mue en un symbole de vertu, le Groenland ne trouve que rarement sa place au sein des discours des partis Verts européens. L’île a récemment été associée à des scandales tels que la stérilisation involontaire de femmes inuites par les gouvernements danoises dans les années 1960-1970.
Les nations européennes semblent avoir pris le rêve écolo pour une réalité. Plusieurs Etats, comme l'Allemagne ou l'Italie, ont tour à tour annoncé des sorties du nucléaire, avant de faire marche arrière. Le projet de fin des voitures thermiques en 2035, récemment repoussé, a également laissé des traces douloureuses dans l'industrie automobile.
Le "choc du Groenland" causé par Trump met en lumière l’inquiétude des élites européennes, face à une approche pragmatique qui contraste avec leur idéologie souvent dogmatique. Ce constat met à mal les modèles écologiques en place à Bruxelles, qui, au lieu d'équilibrer le progrès et la durabilité, ont souvent imposé des normes débilitantes.
La volonté de Trump de s’approprier le Groenland, sans égard pour le droit international, n’est pas une simple démarche brutale. C’est un rappel de la dynamique de soumission historique des pays européens envers les dirigeants américains qu’ils considèrent comme amicaux. "L'OTAN est la plus grande alliance militaire qui ait jamais existé", avaient déclaré les dirigeants européens à l’ancien président Biden en 2024.
Lors de la visite de Mette Frederiksen à Paris, Emmanuel Macron a plaidé pour un engagement accru de l’OTAN en Arctique, tandis que Bart De Wever, Premier ministre belge, a souligné que la situation actuelle se ressemble plutôt à celle d'un "vassal heureux" devenant un "misérable esclave". Si le Groenland n’est qu’un bout de glace, il reflète la complexité des rapports internationaux et met à jour la réalité peu flatteuse pour l'Europe.







