La tragique disparition d'Alex Pretti, un manifestant de gauche légalement armé, abattu par des agents fédéraux à Minneapolis, met en lumière une évolution des discours sur le port d'armes en Amérique. En arguant du simple fait d'être armé comme justification implicite pour l'usage létal de la force, certaines voix conservatrices semblent rompre avec les principes qu'elles défendaient jusqu'alors sans réserve.
Alex Pretti, infirmier de 37 ans, a été abattu alors qu'il portait une arme de poing, apparemment dissimulée. Les premiers éléments de l'enquête indiquent qu'il n'avait en aucun cas montré d'intention violente et qu'il possédait un permis valide. Dans le Minnesota, le port d'armes est légal, y compris lors de manifestations publiques.
Cependant, certains responsables républicains et figures conservatrices, comme la secrétaire à la Sécurité intérieure Kristi Noem, ont justifié le tir mortel en évoquant la dangerosité présumée de sa présence armée. Noem a même déclaré : « Je ne connais pas de manifestant pacifique qui se présente avec une arme et des munitions plutôt qu’avec une pancarte », suggérant que le rassemblement était assimilable à une émeute. De son côté, le sénateur républicain Markwayne Mullin a désigné Pretti comme un individu « déséquilibré » cherchant à « causer des dégâts ».
Pas les mêmes réactions le 6 janvier 2021
Ces commentaires suscitent des interrogations, notamment en raison de l'absence de critiques similaires lors de l'invasion du Capitole par les partisans de Donald Trump le 6 janvier 2021. Ce jour-là, plusieurs manifestants étaient également armés. Historiquement, le port d'armes a été encouragé par le camp républicain, même dans des contextes de protestation.
Les déclarations des officiels de l'administration Trump marquent une rupture avec une longue tradition de défense du droit au port d’armes, un droit ancré dans le 2e amendement de la Constitution. En 2020, lors de l'affaire Kyle Rittenhouse, beaucoup dans la droite avaient justifié son acte d'autodéfense lors d'une manifestation antiraciste, illustrant la ligne de défense en faveur du port d'armes.
Pour plusieurs experts, le cas d'Alex Pretti révèle une dérive sécuritaire dans la réponse gouvernementale aux manifestations contre l'ICE, ainsi qu'une inquiétante tendance à recourir à la force létale. En effet, cette affaire met en opposition un principe clé du débat américain : l'idée que la possession d'armes garantit la sécurité se heurte à la réalité où une arme devient, non un instrument de protection, mais une justification potentielle pour la violence des forces de l'ordre.
Contradiction centrale du débat américain
Les tensions sur la lecture du port d'armes sont également manifestes au sein même des organisations pro-armes. Par exemple, la National Rifle Association (NRA) a dénoncé comme « dangereuse » l'idée que la présence d'une personne armée pourrait justifier son abattage. Le Minnesota Gun Owners Caucus a rappelé que le droit de porter une arme ne s'estompe pas lors des manifestations.
Selon Robert Spitzer, spécialiste du droit des armes cité par le Washington Post, « les slogans se heurtent brutalement à la réalité » ; la vision d'une société plus sûre grâce aux armes cède la place à des problématiques plus sombres lorsqu'elles sont utilisées comme prétexte pour la violence. Ainsi, la mort d'Alex Pretti ne représente pas seulement un événement tragique, mais dévoile également les manipulations politiques et la flexibilité des principes au sein de l'administration Trump, prête à adapter son discours en fonction des circonstances.







