Sous le regard attentif du président incontesté du Turkménistan, les magnifiques chevaux akhal-teke défilent fièrement pour obtenir le titre du plus beau cheval de ce pays isolé d'Asie centrale. Le régime impose un véritable culte autour de cette race ancienne et rare.
Cette année, c'est l'étalon couleur sable Hankerven, orné de bijoux scintillants et d'un tapis aux motifs traditionnels, qui a remporté ce concours annuel. L'événement, qui s'est déroulé à Achkhabad, la capitale, a été observé par l'AFP fin avril.
Son propriétaire, lauréat d'un véhicule 4x4 blanc Toyota, n'a pas tardé à exprimer sa gratitude envers le chef de l'État, Serdar Berdymoukhamedov, à qui ont été offerts les plus beaux spécimens de cette race élancée et puissante.
"Il n'y a pas de concours de beauté pour les femmes au Turkménistan, mais pour les chevaux, oui", confie Achir, un éleveur de 70 ans qui préfère rester anonyme, car s'adresser aux rares médias étrangers sans autorisation est risqué.
"Chaque nation est identifiable, et nous, les Turkmènes, sommes reconnus grâce à nos tapis et nos chevaux", déclare-t-il à l'AFP dans son élevage non loin de la capitale. "C’est pour cela que notre drapeau est décoré de motifs de tapis et que nos armoiries représentent l'akhal-teke", ajoute-t-il.
- du rap pour un poulain -
Ancienne république soviétique aux richesses gazières, le Turkménistan est l'un des pays les plus isolés au monde, se plaçant aux côtés de l'Afghanistan et de la Corée du Nord dans divers classements des ONG sur les droits humains.
La vénération pour les chevaux akhal-teke est illustrée par la devise nationale pour 2026 : "le Turkménistan indépendant et neutre, patrie des chevaux ailés déterminés".
Ces animaux, qui ont toujours été des compagnons fidèles du peuple turkmène, incarnent selon l'ex-président Gourbangouly Berdymoukhamedov (2006-2022) "le développement rapide de la Patrie".
Les médias locaux rapportent que "la vénération de ces chevaux célestes est devenue une priorité stratégique de l'État et constitue le fondement inébranlable de l'identité nationale".
Une légende raconte que l'akhal-teke a acquis son surnom de "cheval céleste" après avoir surpassé un faucon lors d'une course.
Pour les autorités, ce culte établit un lien entre l'héritage ancestral des akhal-teke et celui des Turkmènes, qui occupaient ces terres bien avant la conquête russe au XIXe siècle.
Des monuments à la gloire de ces chevaux continuent d'être inaugurés, le dernier en date observé par l'AFP lors du printemps dernier.
En 2023, Gourbangouly Berdymoukhamedov a commandé une statue dorée de 43 mètres représentant son cheval favori, rappelant le célèbre tableau de Napoléon Bonaparte réalisé par Jacques-Louis David.
Passionné de records, le dirigeant a également investi dans la création de la plus grande tête d'akhal-teke au monde, érigée sur l'hippodrome d'Achkhabad, et un de ses chevaux a été inscrit au Livre Guinness pour avoir parcouru 10 mètres en 4,19 secondes en se cabrant.
Sans jamais manquer d'inspiration, il a écrit plusieurs ouvrages sur ces chevaux et même une chanson rap dédiée à un poulain.
- Diplomatie du cheval -
Les Berdymoukhamedov ont "développé un intérêt croissant pour les akhal-teke", une race "à l'extinction" durant l'ère soviétique, selon un employé de l'Organisation étatique des chevaux turkmènes, qui souhaite rester anonyme.
Selon ce fonctionnaire, l'inscription de l'élevage de l'akhal-teke au patrimoine culturel immatériel de l'Unesco en 2023 représente une réalisation majeure de la politique culturelle du pays.
Les estimations varient entre 4.000 et 7.000 akhal-teke à travers le monde, dont la majorité se trouve dans des élevages d'État au Turkménistan.
"Cette race se distingue par sa taille imposante, ses longues jambes, sa musculature robuste, la finesse de sa tête, son long cou droit, ainsi que ses yeux expressifs", explique Sapargeldy, un vétérinaire retraité de 66 ans.
D'après lui, "sous le soleil, le cheval scintille", grâce à "son poil creux qui reflète la lumière de manière unique".
"L'akhal-teke est un excellent cheval de sport, adapté à la rigueur des climats désertiques, montrant des aptitudes en endurance, dressage et saut d'obstacles", précise l'ancien vétérinaire.
Ce cheval occupe une place centrale dans la diplomatie turkmène, malgré des relations internationales strictement contrôlées.
Les rares dignitaires étrangers visitant le Turkménistan reçoivent régulièrement un akhal-teke en cadeau, allant jusqu'à l'ancien président français François Mitterrand, et aux dirigeants russes et chinois, Vladimir Poutine et Xi Jinping, qui sont des alliés majeurs du régime.







