Samia Suluhu Hassan, présidente de la Tanzanie, dont l'image est ternie par les violences lors de son élection, a débuté une visite d'État de trois jours en Russie en rencontrant Vladimir Poutine au Kremlin.
"Ma visite est d'une importance spéciale pour moi et pour mon pays", a déclaré Mme Hassan, qualifiant cette réunion d'"historique" dans des propos retransmis à la télévision.
Poutine a exprimé son souhait d'"accroître les échanges commerciaux" entre les deux pays, se réjouissant d'accueillir la présidente tanzanienne.
Loin d'être un simple échange protocolaire, cette visite s'inscrit dans un contexte électoral marquée par des accusations de falsification et de répression. En octobre dernier, des violences ont éclaté, occasionnant la mort de milliers de personnes selon des sources d'opposition, tandis qu'une enquête officielle a rapporté 518 décès, augmentant les tensions entre le gouvernementh tanzanien et la communauté internationale.
Les États-Unis, après ces événements tragiques, ont décidé de revoir leurs relations avec la Tanzanie et ont sanctionné un haut responsable de la police. La présidente, quant à elle, a déclaré que la démocratie n'avait pas de formule unique et a insisté sur le respect des traditions de chaque pays.
Ce déplacement à Moscou témoigne d'une volonté de Hassan de réorienter sa diplomatie vers des alliés potentiels, alors que l'armée russe est en quête de soutien sur la scène mondiale. Selon des analystes, cette démarche pourrait être perçue comme un moyen pour la présidente de se protéger des critiques sur sa gestion interne.
Mange Kimambi, défenseure des droits humains, a dénoncé le soutien apporté par la Russie au régime tanzanien, le qualifiant de "boucher" du pays, tout en faisant écho à l'inquiétude croissante concernant la répression des dissidents tanzaniens.
Le gouvernement tanzanien, quant à lui, clame que cette visite vise à renforcer les relations diplomatiques avec la Russie dans l'espoir de créer un climat plus favorable aux investissements. Les échanges économiques actuels, estimés à environ 307 millions de dollars par an, demeurent modestes comparés à d'autres pays comme la Chine.
Pour Fergus Kell, chercheur à Chatham House, cette visite n'apportera que peu d'avantages immédiats à la Russie, mais constitue un signe d'opportunisme. Un Conseil d'affaires Russie-Tanzanie a été lancé récemment, et des vols entre Dar es Salaam et Moscou devraient être lancés d'ici 2026.
Cependant, cette manœuvre pourrait également permettre à la Tanzanie de diversifier ses relations économiques et politiques. Un universitaire a précisé qu'une telle stratagème était opportun dans le contexte géopolitique actuel, où chaque vote aux Nations unies compte pour Moscou, tout comme le soutien à un régime en quête de légitimité.







