La facturation électronique, qui deviendra obligatoire dès le 1er septembre 2026, s'installe progressivement dans le quotidien des entreprises, malgré certaines appréhensions.
« Cet été, je vais me plonger dans le sujet » : comme Cindy Vuillemain, de nombreux chefs d’entreprise doivent se préparer à la nouvelle obligation de recevoir leurs factures par l’intermédiaire d’une plateforme électronique, une réforme qui fait doucement son chemin. Pour se conformer aux exigences, ils devront choisir parmi les 140 plateformes électroniques agréées par l'État afin de gérer l’intégralité des factures de leur structure. Actuellement, comme l’explique Sébastien Rabineau, directeur de la facturation électronique à Bercy, « il existe une grande variété de situations, y compris les factures papier qui demeurent largement présentes ».
Les 12.000 plus grandes entreprises seront également tenues d'envoyer leurs factures via ces plateformes au même échéancier, une obligation qui s'étendra à toutes les sociétés d'ici le 1er septembre 2027. Amélie Verdier, tête de la direction générale des finances publiques (DGFIP), a souligné qu'« il n’y aura pas de report » lors des Journées de la facture électronique, tout en reconnaissant que « tout ne sera pas parfait » à la date limite.
« Il va falloir que d’autres acteurs prennent le relais »
Bercy a confié aux instituts Ipsos et BVA une étude sur la notoriété de cette réforme. Les résultats montrent qu'elle « s’impose progressivement dans le paysage entrepreneurial ». Ainsi, 87 % des dirigeants affirment en avoir entendu parler (+ 19 points depuis octobre), et 57 % estiment en connaître clairement le contenu (+ 15 points).
Les plus petites entreprises, souvent en proie à des inquiétudes, se heurtent à un bombardement de sollicitations publicitaires de la part des plateformes, ce qui complique leurs choix. Après une campagne de communication humoristique lancée en février sous le slogan « fini les galères », l’administration fiscale a envoyé en avril un mail aux entreprises indécises, contenant un lien vers une liste de plateformes, ainsi qu’un numéro de téléphone d assistance à contacter.
Les experts-comptables, très sollicités par leurs 3,5 millions de clients, sont également actifs dans ce changement. Le président du conseil de l’ordre, Damien Charrier, a mentionné lors des Journées de la facture électronique que « nous ne pourrons pas accomplir tout le travail à nous seuls, il faudra que d'autres acteurs s'impliquent », en particulier pour les toutes petites entreprises.
Des amendes en vue
À la rentrée, l'État se montrera souple envers les entreprises en difficulté, mais moins envers les récalcitrantes. Les sociétés qui ne disposent pas de plateforme au 1er septembre recevront un message les incitant à communiquer leurs problèmes à l’administration. « Cela pourrait devenir un peu plus tendu », précise Sébastien Rabineau, en mentionnant des amendes possibles de 500 €, renouvelables et pouvant atteindre 1.000 € en cas de non-conformité persistante.
Cette réforme, s'inscrivant dans le cadre de la directive européenne ViDA (TVA à l'ère numérique), suscite des inquiétudes chez certains, qui craignent que l'État ait accès en temps réel aux finances des entreprises. Certains représentants politiques, comme Nicolas Dupont-Aignan et Florian Philippot, ont exprimé leur désaccord sur les réseaux sociaux, qualifiant cette réforme de « sauce Big Brother ».
Cindy Vuillemain, qui gère un entrepôt de la franchise logistique éco-responsable Greenlog, a décidé de s’adapter, jugeant que cela pourrait simplifier son système de facturation. « Nous avons déjà consulté notre comptable et, grâce à notre réseau de franchise, nous pouvons examiner toutes les options », déclare-t-elle. Elle admet que « pour ceux qui ne sont pas familiers avec ce type de réforme, cela peut sembler complexe ». Mais, conclude-t-elle, « de toute manière, on n’a pas le choix, donc autant consacrer son énergie à avancer ».







