Nikolaï Soloviov, liquidateur ayant vécu l'explosion de 1986 à Tchernobyl, lutte contre deux guerres : celle des radiations et celle que lui impose la guerre contemporaine en Ukraine. Ce passionné de hard rock, aujourd'hui âgé de 67 ans, se souvient avec précision de la nuit tragique. Mécanicien à l'unité 2, il ressent un puissant tremblement de terre lors de l'explosion du réacteur 4, sans entendre la détonation initiale.
Les alarmes retentissent et il s'approche du site touché ; il rencontre des collègues gravement irradiés. "J'ai vu la mort sous mes yeux", confie-t-il. Les pompiers sur place, en tentant de maîtriser l'incendie nucléaire, ne savent pas qu'ils vont perdre la vie quelques jours plus tard à cause des radiations.
À l'aube, ses collègues discutent du temps qu'il leur reste à vivre. L'un d'eux prononce "deux semaines". Nikolaï se remet alors à fumer, amusé, cherchant un peu d'humour dans l'horreur. Le lendemain, il rattrape sa réalité à Pripyat, où la vie continue comme si de rien n'était. Les autorités soviétiques, jusqu'alors, cachent l'ampleur de l'accident, alors même que des milliers de travailleurs débutent leur mission de "liquidation".
Au fil des ans, Nikolaï a assisté à la construction des sarcophages pour contenir les radiations, impliquant des centaines de milliers de personnes. Aujourd'hui, pour lui, la catastrophe de Tchernobyl est indissociable du climat de terreur actuel, conséquence de l'invasion russe. "Avant ou après la guerre", disent les habitants de Slavoutytch, la ville fondée après l'accident pour accueillir les déplacés.
En septembre 2023, son fils cadet, engagé dans l'armée ukrainienne, disparaît sur le front. Face à cette tragédie, Nikolaï ressent la fatigue et décide de prendre sa retraite, sa force d'antan l’ayant abandonné. Il demeure pourtant un témoin précieux de ces luttes qui marquent non seulement son existence, mais aussi l’histoire tragique de l’Ukraine.
Ce récit, reflet des guerres des hommes ordinaires face à l'adversité, est mis en lumière par des sources variées, notamment l'#AFP et diverses publications locales qui soulignent l’impact durable de ces événements sur la population.







