Alors que les élections législatives en Hongrie approchent, Viktor Orbán, le Premier ministre en poste, a intensifié sa campagne en braquant les projecteurs sur Volodymyr Zelensky. Les affiches, omniprésentes et souvent alarmantes, dépeignent le président ukrainien comme une menace pour les Hongrois.
« Ils sont dangereux. » Sur les routes menant à Budapest, les panneaux publicitaires ne font que renforcer cette idée. La stratégie d’Orbán n’est pas une nouveauté, mais elle prend une tournure particulièrement inquiétante alors que le Fidesz, son parti, tente de conserver le pouvoir face à une opposition croissante. Dans plusieurs zones du pays, jusqu'à 50 % des publicités sont désormais consacrées à la campagne électorale du Fidesz, un chiffre sans précédent, selon des experts de Transparency International Hungary.
Daryna, une Ukrainienne vivant à Budapest, partage son expérience : « Le cadre de cette campagne n'a pas changé au fil des années. De la peur des migrants, puis de George Soros, nous en sommes maintenant à Zelensky. » Cette transformation reflète une méthode continue pour orienter les préoccupations de la population vers des adversaires extérieurs.
Des enfants terrorisés par la guerre
La propagande de Viktor Orbán a même infiltré les écoles, où des enfants manifestent des angoisses profondes face à une supposée guerre imminente. Judit Ignácz, assistante sociale, raconte comment des séances ont dû être organisées pour apaiser les élèves. Dans un contexte où Fidesz est donné pour perdant dans les sondages, Orbán semble parier sur la peur pour galvaniser son électorat.
Les données de Politico montrent que le Fidesz obtient seulement 39 % des intentions de vote, tandis que son concurrent Tisza remporte 49 %. Ce rapport de force fragilise Orbán, qui cherche à éviter un alignement avec l'Ukraine, en promettant la paix face à la colère populaire.
Daryna souligne le contraste entre Budapest et les zones rurales, où la rhétorique est adoptée sans réserve. Loin des préoccupations urbaines, les habitants des campagnes sont conditionnés à croire que leur pauvreté est causée par des ennemis extérieurs, à travers des messages clairs d'Orbán. Malgré une frontière partagée avec l'Ukraine, la Hongrie a accueilli un nombre dérisoire de réfugiés ukrainiens, ce qui soulève des questions sur l'attitude du gouvernement face à cette crise humanitaire.
Une société déchirée par la suspicion
Daryna et son compagnon Mykhailo vivent dans une tension constante, confrontés à des attitudes hostiles dans la société hongroise. « J'ai souvent été rejetée simplement pour être Ukrainienne », confie-t-elle, tandis que Mykhailo évoque ses propres expériences de discrimination. Le couple souffre du décalage entre leur quotidien et les réalités de leur famille restée en Ukraine, où la guerre fait rage. Chaque matin, ils se réveillent en redoutant de perdre le contact avec leurs proches.
« En savoir plus sur l'Ukraine et notre famille est devenu un véritable enjeu. Chaque notification de bombes tombe comme un coup de poignard », déplore Mykhailo. Ils se sentent également piégés dans un mélange de stratégie politique et de peur collective, alors que le pays évalue l'avenir d'un leader dont la campagne repose désormais sur des ennemis imaginaires.
* Les prénoms ont été modifiés à la demande des intéressés.







