Alors que des ruptures sporadiques de stocks peuvent toucher certaines stations-service françaises, aucune pénurie n'est encore observée sur le continent européen. Toutefois, des difficultés pourraient apparaître en cas de blocus prolongé du détroit d'Ormuz, qui représente près de 20% du pétrole mondial.
Les inquiétudes concernant une pénurie de carburant ne semblent pas fondées à ce stade, soutient Maud Bregeon, la ministre déléguée à l'énergie. En effet, elle a affirmé sur TF1 que "le risque de rupture d'approvisionnement en carburant est quasiment inexistant" dans l'Hexagone, malgré des défis logistiques. Notons que la France possède des stocks stratégiques pour pallier cette situation, comme l’a rappelé Franceinfo.
Désormais, certaines stations-service font état d'une rupture totale ou partielle, atteignant environ 16% au 2 avril, selon les analyses de Franceinfo. Néanmoins, un manque temporaire n'équivaut pas à une crise à long terme. Ainsi, Olivier Appert, conseiller à l’Institut français des relations internationales (Ifri), souligne : "Aucune pénurie physique n'a été constatée en Europe à ce jour".
Il est intéressant de noter que plus de 60% des stations touchées appartiennent à TotalEnergies. Cela s'explique par un plafonnement des prix qui a entraîné une demande accrue. Thierry Bros, expert en énergies à Sciences Po Paris, décrit cette situation comme une "pénurie orchestrée", où les stations à bas prix attirent une clientèle nombreuse, entraînant temporairement des ruptures.
La France face à une dépendance limitée au pétrole du Moyen-Orient
Contrairement à l'Asie, à l'heure actuelle frappée par une crise pétrolière, l'Europe ne ressent pas de pénurie grâce à une dépendance modeste vis-à-vis du Moyen-Orient. "Seuls 5% du pétrole transitant par le détroit d'Ormuz était destiné à l'Europe avant le conflit", explique Appert. Répondant à des critiques de Marine Le Pen, Maud Bregeon insiste sur le fait que les approvisions viennent essentiellement d'autres régions, notamment des États-Unis et du Brésil.
En effet, selon l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), seulement 11,9% du pétrole brut consommé en France provenait du Moyen-Orient en 2024. "En ce qui concerne le pétrole brut, nous sommes très peu touchés", confirme Anna Creti, économiste à l’université Paris Dauphine-PSL, soulignant en revanche une exposition plus grande concernant les produits raffinés, avec 33% de gazole en provenance du Golfe.
La situation est encore atténuée par des cargaisons qui, ayant été expédiées avant le conflit, continuent à arriver en Europe. Cependant, ces arrivages diminueront, comme l’indique un rapport de l’Agence internationale de l'énergie (AIE), qui prévoit des difficultés croissantes à partir du 10 avril.
Risque accru en cas de conflit prolongé
Que se passera-t-il ensuite ? "Tout dépendra de la durée du conflit, et de la rapidité avec laquelle le détroit d’Ormuz pourra être réouvert", conclut Thierry Bros. L’imprévisibilité de la situation politique, notamment du président américain, amplifie les incertitudes, comme le regrette Anna Creti.







