Les jours où les véhicules de patrouille de la Border Patrol surveillaient calmement les territoires frontaliers semblent appartenir à un passé révolu. Depuis des décennies, la frontière entre les États-Unis et le Mexique est scrutée de près par les autorités pour endiguer l'immigration clandestine et le trafic de drogue. Dans cette lutte, la mobilisation de la Garde nationale a été fréquente, notamment avec l'Operation Jump Start initiée en 2006 sous George W. Bush.
Depuis, les déploiements militaires se sont succédés, incluant l'envoi de près de 4.000 soldats en 2018. Ce soutien militaire est l'un des plus longs dans l'histoire récente des États-Unis, selon plusieurs experts.
Désormais, la technologie prend une place centrale dans le dispositif. Plus précisément, le Département de la Sécurité intérieure prévoit d'automatiser des tours de surveillance avec des capacités avancées à travers l'intégration de 148 nouvelles unités d’un partenaire technologique, GDIT. Ces avancées offrent des fonctionnalités telles que la reconnaissance des visages et une autonomie d'alimentation grâce à des panneaux solaires.
Un "mur virtuel", bien réel
La biométrie et les systèmes de surveillance algorithmique sont déjà en place, mais l'intégration de ces nouvelles technologies annonce une évolution sans précédent. Selon l'Electronic Frontier Foundation, les nouvelles tours de surveillance pourraient transformer la manière dont les agents interagissent avec les données pertinentes. En 2022, il y avait plus de 465 tours à travers la frontière, ce qui témoigne d'une expansion continue.
Pour David Ruiz, analyste en politiques migratoires auprès de l’ONG Human Rights Watch, cette technologie pourrait réduire le besoin de personnels en matière de surveillance, mais au prix d’une surveillance accrue. "On parle ici d’un mur virtuel qui soulève des questions éthiques et de transparence", a-t-il déclaré lors d'une interview.

En parallèle, l'administration Trump a accentué sa politique migratoire avec des budgets colossaux alloués aux technologies de surveillance. Le projet de loi "One Big Beautiful Bill Act" vise à injecter 165 milliards de dollars dans les recherches d'innovations technologiques pour protéger la frontière.
Cependant, de nombreux experts remettent en question l'efficacité de ces dispositifs. Une étude de la Rand Corporation a révélé que les technologies actuelles n'améliorent pas nécessairement les taux d'arrestation, et pourraient même inciter les migrants à emprunter des routes plus dangereuses.
Une technologie "liberticide" et inefficace?
Nicolas Schmitt, sociologue à l'Université de Californie, rappelle que "si ces technologies peuvent être efficaces dans le contrôle des frontières, elles soulèvent également des questions fondamentales sur le respect des droits humains". Dans un rapport de Just Futures Law, il est mentionné que ces nouvelles surveillance peuvent également favoriser des abus de pouvoir sans précédent.
En somme, l’expansion de l’utilisation de tours autonomes sur la frontière amène un débat houleux autour de l’automatisation de la sécurité nationale et suscite des inquiétudes sur la surveillance de masse.
Enfin, en 2022, le bilan tragique a révélé que 686 personnes avaient perdu la vie en tentant de franchir cette frontière, soulignant le besoin urgent d'une approche plus éthique et humaine face à la migration.







