De la soutenance d’une thèse aux cérémonies de mariage, une professionnelle de Poitiers, dans la Vienne, fait le lien entre personnes sourdes et entendantes. Un métier au cœur de l’humain. Elle est présente dans le quotidien des personnes sourdes et sourdes-aveugles.
« On est ici pour briser les barrières linguistiques », déclare d’emblée Aurore Tabuteau. En tant qu’interprète indépendante en langue des signes à Poitiers, elle assimile sa mission à l’élaboration d'un pont « qui favorise la communication entre entendants et personnes sourdes ou sourdes-aveugles ». Ce pont permet un accès à des événements variés tels que des conférences, des réunions publiques ou des conseils municipaux.
Elle se positionne auprès des intervenants ou apparaît sur l’écran des télévisions. Elle joue un rôle essentiel dans la vie quotidienne. « Des visites à la permanence des impôts, dans les banques, chez des notaires, avec des artisans, ainsi que des visites d’appartements ou de musées », énumère-t-elle, ajoutant « des consultations médicales chez généralistes ou spécialistes, car communiquer dans sa langue est un atout majeur ». Sa présence s'étend également aux moments familiaux, allant des cérémonies de mariage aux baptêmes et funérailles.
Une soutenance d’une thèse
Il est complexe de recenser l’intégralité de ses interventions. Aurore pense également aux moments où les personnes sourdes ou sourdes-aveugles deviennent parents. « Ils doivent naviguer dans les démarches d’inscription à la crèche, chez une assistante maternelle, puis à l’école et, plus tard, lors de réunions avec les enseignants », explique-t-elle. Aurore a déjà été sollicitée par des parents pour leurs enfants, « pour des sorties scolaires et même lors de cours au lycée ». Elle se souvient avoir accompagné pendant quatre ans une étudiante dans son parcours de thèse en biologie marine, jusqu’à sa soutenance : « C’était un défi technique mais tellement enrichissant ».
Les personnes lui opposent souvent la facilité de l’écrit. « Mais l’accès à l’écrit peut être ardu pour certaines personnes sourdes », précise Aurore, qui travaille également par le biais d’interprétation à distance. « Grâce à une plateforme de visio-interprétariat, les personnes sourdes peuvent se connecter avec leur interlocuteur, que ce soit pour des entretiens d’embauche ou des contacts familiaux », explique-t-elle.
Aurore, passionnée par les langues depuis sa jeunesse, avait à l’origine une vision limitée des interprètes, les voyant comme de simples répétiteurs. « En réalité, nous interprétons des idées ; le langage corporel et facial sont tout aussi importants. Cela structure la pensée et favorise les connexions humaines », souligne celle qui est également comédienne.
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