Les Indiens doivent se serrer la ceinture. C'est l'appel qu'a lancé ce dimanche 10 mai le Premier ministre Narendra Modi lors d'un discours à Secunderabad. Frappée par le blocage du détroit d'Ormuz qui impacte les approvisionnements énergétiques, l'économie indienne doit ralentir pour éviter les pénuries. L'économie indienne doit donc faire face à de nombreux défis.
Dans son intervention, Modi a proposé une série de recommandations, y compris de limiter les voyages à l’étranger, d’économiser le carburant, d'utiliser davantage les transports publics et de réduire les achats d’or. Comme le souligne le Times of India, Modi appelle la population à éviter les achats d'or non essentiels pendant un an.
L'or est d'une importance culturelle majeure en Inde, représentant une tradition forte et un moyen d'épargne. Selon des études du World Gold Council, les ménages indiens détiennent entre 25.000 et 34.600 tonnes d'or, principalement sous forme de bijoux. La demande est particulièrement stimulée par les mariages, le secteur représentant entre 50 et 60% des achats.
De l'or payé en dollars
La problématique se complexifie pour New Delhi, car pratiquement tout l'or doit être importé et payé en dollars, ce qui met une pression supplémentaire sur les réserves de change. Déjà lourdement affectée par l'escalade des prix du pétrole liée à la guerre au Moyen-Orient, l'Inde, qui est le troisième importateur mondial de pétrole, doit gérer une facture d'importation de pétrole et de gaz toujours plus élevée. L’an dernier, ces importations s'élevaient à 174 milliards de dollars, en grande partie venant des pays du Golfe.
En demandant aux Indiens de suspendre leurs achats d'or non essentiels, le gouvernement cherche à minimiser les sorties de dollars. Comme l'explique Devarsh Vakil, responsable chez HDFC Securities dans le Financial Times, "la réduction des dépenses discrétionnaires pourrait aider le pays à préserver ses réserves de change." La roupie, quant à elle, a vu sa valeur chuter à des niveaux historiques face au dollar, accentuant l'urgence de la situation.
"Réduire notre consommation d'essence"
Dans ce contexte, Modi incite également les citoyens à réduire leur consommation d'essence et de diesel. "Nous devons privilégier le télétravail et les réunions virtuelles," a-t-il déclaré. Il recommande aussi de recourir davantage aux transports en commun pour diminuer la facture énergétique nationale.
Les économistes estiment que cette approche prépare la population à de potentielles augmentations des prix des carburants. Jusqu'à présent, le gouvernement a absorbé une partie des hausses de prix pour limiter leur impact sur les consommateurs, mais cette stratégie commence à peser sur le budget public. Selon Madhavi Arora, économiste chez Emkay Global Financial Services, "il est temps maintenant d’impliquer les consommateurs".
La prolongation de cette crise interroge aussi les prévisions économiques mondiales. Plusieurs institutions financières commencent à ajuster leurs attentes, avec le FMI prévoyant une croissance de 6,5% pour 2026, un chiffre en baisse par rapport aux estimations précédentes.







