En tant que troisième importateur mondial de pétrole, l'inde, qui abrite la plus grande population de la planète, est particulièrement vulnérable à toute fluctuation du marché. Une grosse partie de son brut provient du détroit d'Ormuz, une zone maritime essentielle mais actuellement tendue suite à des agressions militaires menées par les États-Unis et Israël contre l'Iran depuis fin février. L'inde se retrouve face à un dilemme : renforcer sa sécurité énergétique tout en minimisant les coûts, au milieu d'une dépendance élevée à l'importation.
Bien que le pays ait jusqu'à présent échappé aux pénuries de carburant, la situation du gaz domestique soulève des inquiétudes. Paradoxalement, des efforts intensifiés pour établir des relations avec d'anciens fournisseurs ont permis un léger répit. Les raffineurs indiens s'orientent ainsi vers des partenaires historiques et émergents pour pallier à un éventuel manque de pétrole.
Une bouée de sauvetage russe
La Russie, souvent perçue comme un partenaire controversé, a été au centre des efforts d'approvisionnement. En mars, les importations de brut en provenance de ce pays ont atteint 1,98 million de barils par jour, soit une augmentation significative par rapport aux chiffres des mois précédents. D'ailleurs, après que Washington a levé les restrictions sur les ventes de pétrole russe, l'inde a également approvisionné des cargaisons stockées, apportant ainsi une bouffée d'air frais à ses raffineries. Comme l'indique Rahul Choudhary de Rystad Energy, cette décision élargit l'espace de manœuvre pour les raffineurs indiens, qui se retrouvent dans une position délicate sur le marché mondial.
Les liens avec l'Afrique et l'Amérique Latine se renforcent
Une attention croissante est accordée à l'Afrique. Les importations en provenance de l'Angola ont pratiquement triplé en mars, reliant l'inde à une partie du continent qui se montre de plus en plus essentielle dans le cadre de la diversification. Les premiers signaux indiquent que ces mouvements ont été stratégiquement planifiés avant le dernier conflit au Moyen-Orient, mais ont maintenant pris une dimension critique. Un responsable anonyme d'une raffinerie de l'inde a affirmé que ces achats ont été motivés par la nécessité de trouver des sources alternatives.
Dans ce contexte, des importations en provenance d'Iran et du Venezuela des cargaisons ont également débuté. En effet, les volumes d'importation de l'Iran ont atteint 276.000 barils par jour à mi-avril. Cela montre une volonté de l'inde d'explorer toutes les avenues possibles pour sécuriser ses approvisionnements en carburant alors même qu'elle navigue dans un environnement international instable.
Perspectives fluctuantes face à une demande croissante
Bien que les nouvelles sources d'approvisionnement offrent un certain répit, elles ne garantissent pas une stabilité totale. Le phénomène de baisse des importations reste préoccupant, un facteur que Kpler a mis en lumière. De plus, les installations de raffinage, conçues pour des bruts aux propriétés spécifiques, peuvent se retrouver limitées dans leur capacité à traiter des importations variées.
"L'ère du pétrole bon marché est pour l'instant révolue, mais l'accès à l'or noir a été préservé", soutient Rahul Choudhary.
Les prix à la pompe restent pour l'heure stables, notamment grâce à la décision de l'inde de réduire les taxes sur l'essence et le diesel pour soulager les consommateurs. Toutefois, la perspective d'une augmentation des prix après les élections de certains états en avril continue de susciter des inquiétudes. Le ministère du Pétrole a reconnu les pertes subies par les entreprises publiques, tout en insistant sur les mesures proactives prises pour préserver les consommateurs.







