Le tribunal correctionnel de Paris a rendu son jugement sur Lafarge et huit anciens cadres, tous accusés de financement du terrorisme. Ils auraient versé des fonds à des groupes jihadistes pour maintenir une usine en activité durant la guerre en Syrie.
Cette affaire, mêlant enjeux économiques, géopolitiques et questions de sécurité, expose la compromission d'une entreprise emblématique du CAC 40. Alors que d'autres multinationales avaient quitté la Syrie, Lafarge tentait de préserver ses investissements dans un contexte de chaos.
Le parquet national antiterroriste (Pnat) a qualifié cette situation de "dérapage" et de "dévoiement", soulignant que Lafarge avait financé des organisations terroristes principalement pour des raisons mercantiles.
Entre 2013 et 2014, Lafarge Cement Syria (LCS) a versé plusieurs millions d'euros à des groupes jihadistes pour garantir le fonctionnement d'une cimenterie à Jalabiya, malgré un environnement tragique. Ces paiements comprenaient des montants significatifs versés à des entités comme l'État islamique (EI) et Jabhat al-Nosra, s'élevant à près de 4,7 millions d'euros selon le Pnat.
Au cours d'audiences intenses, la défense a tenté de nuancer la perception des événements, soutenant qu'une sortie définitive de la Syrie aurait mis en péril les salariés de l'usine. "On avait le choix entre deux mauvaises solutions", a affirmé Christian Herrault, ancien directeur général adjoint de Lafarge.
Les preuves, sous forme de courriels et de documents financiers, ont révélé un système de paiements organisé, justifié par le besoin d'assurer la continuité opérationnelle et la sécurité des employés.
Malgré certaines déclarations des prévenus évoquant des actes de "racket", les procureurs ont souligné l'absence de regrets de leur part, notant que leur vision de la situation était empreinte d'un cynisme préoccupant.
La sentence suggérée par le Pnat inclut une amende maximale de 1,125 million d'euros pour Lafarge ainsi qu'une confiscation partielle de son patrimoine à hauteur de 30 millions d'euros. En ce qui concerne Bruno Lafont, l'ancien PDG, le parquet a requis une peine de six ans d'emprisonnement.
L’histoire de cette cimenterie aurait pu rester un simple sujet économique. Pourtant, des victimes des attentats du 13-Novembre ont choisi de se constituer parties civiles, voyant dans ce soutien à des organisations terroristes une des causes des événements tragiques ayant marqué la France.







