Des marins passionnés et déterminés à réduire l'empreinte carbone ont choisi de rétablir une route commerciale maritime pour le fret d'agrumes et de produits locaux entre l'Espagne et le port de Sète. Nous vous présentons l'association Eol’lien.
Le Saveurs, un sloop doté d'une voile aurique, est amarré discrètement dans le port de plaisance de Sète, rempli d'oranges et de citrons en provenance de Majorque, ainsi que d'une spécialité locale des Baléares : la soubressade. Chaque mois, de novembre à mars, ces produits sont proposés à la vente aux Sétois sur le quai d’Alger.
Le seul voilier de commerce de Méditerranée
Frédéric Dijol, président de l'association Eol’lien, a rétabli le commerce d'agrumes entre l'Espagne et l'Occitanie depuis Sète, quand ce négoce maritime faisait autrefois la richesse du port au XIXe siècle, avant de décliner avec l'avènement des cargos frigorifiques. L'initiative a pour but de faire revivre une histoire maritime importante entre Sète et ses voisins du sud.
À Sète, un négoce d’agrumes florissant au XIXe
Sète a longtemps été un port célèbre, tant pour la morue que pour les agrumes. Les recherches de la Société d’études historiques et scientifiques de Sète révèlent qu'un riche commerce d'agrumes a eu lieu dès le XIXe siècle, période durant laquelle des négociants majorquins, comme Barthélémy Tous, ont contribué à son essor. Selon l’historien Michel Waller, ces fruits provenaient principalement de Majorque et du pays valencien, et étaient transportés par des voiliers appelés "balancelles".
Chaque mois, le Saveurs effectue le trajet jusqu'à Majorque pour s'approvisionner en produits frais, en collaboration avec la coopérative Productos de Mallorca. Au retour, le voilier fait escale dans plusieurs ports d'Occitanie, où les produits sont vendus directement aux consommateurs sur des marchés genevois. "Nous offrons des tarifs compétitifs avec les biocoops", précise Frédéric. Le Saveurs, construit en 1985, est aujourd'hui le seul voilier de la Méditerranée certifié pour le commerce, ayant la capacité de transporter jusqu'à deux tonnes de marchandises.
Une prise de conscience
Frédéric Dijol, ancien ingénieur, a choisi d'orienter sa carrière vers une alternative plus verte pour le transport maritime. Il explique : "En tant qu'ingénieur, je voyais trop d'énergies polluantes à proximité de la mer. Il fallait changer. Cette prise de conscience m'a mené à créer Eol’lien". Grâce à cette initiative, le commerce de fret à la voile commence à prendre de l'ampleur, doublant son chiffre d'affaires chaque année.
Alors que certaines entreprises commencent à s'intéresser à cette approche écologique pour leur chaîne d’approvisionnement, Frédéric se réjouit de la réussite de cet hiver. Selon lui, l'afflux de clients sensibles aux questions écologiques a largement contribué à leur succès. Le port de Sète, très accueillant pour les initiatives associatives, joue aussi un rôle crucial dans cette renaissance du commerce maritime.
Conférence avec la Sehsser le 20 juin : le retour de la voile pour le transport
Le 20 juin, Gustave Brugidou, de la Société d’études historiques et scientifiques de Sète, animera une conférence sur l’évolution du commerce maritime et le retour de la voile face aux crise des énergies fossiles. Un moment à ne pas manquer pour mieux comprendre l’avenir de notre transport maritime.







