Les secrets de la gastronomie à l'Élysée : entretien avec Guillaume Gomez

Les secrets de la gastronomie à l'Élysée : entretien avec Guillaume Gomez

Entretien.- Le chef a vu passer quatre présidents et préparé des millions de repas. Il évoque son parcours remarquable et les événements marquants qui ont marqué son expérience.

"Après vingt-cinq ans de dévouement, il était temps de passer le flambeau", déclare Guillaume Gomez. À 42 ans, ce chef parisien a cédé sa place à Fabrice Desvignes, reconnu pour son parcours exceptionnel. Récemment nommé ambassadeur de France pour la gastronomie, Guillaume Gomez s'engage à mettre en avant les produits du terroir et à repenser l'avenir culinaire aux côtés de ses pairs. Depuis ses débuts en tant que militaire sous Jacques Chirac, il a eu l'honneur de préparer des millions de repas pour les présidents et leurs invités.

Les débuts au palais présidentiel

Madame Figaro. - Vous êtes devenu Meilleur Ouvrier de France à l'âge de 25 ans. Quelles ambitions vous reste-t-il après un tel parcours ?
Guillaume Gomez.- J'ai eu la chance de savoir très tôt que la cuisine était ma vocation. À une époque où les chefs n'étaient pas encore autant célébrés, j'ai participé au concours de Meilleur Ouvrier de France, où j'ai été le plus jeune lauréat. Ce titre a renforcé mon exigence professionnelle et m'a rapproché des producteurs. C'est un honneur de représenter la gastronomie française et d'agir comme interlocuteur des acteurs de ceux qui œuvrent pour notre gastronomie.

Comment s'est passé le passage de flambeau avec Fabrice Desvignes ?
Il a intégré nos équipes de manière fluide. Fabrice est un chef reconnu, et notre relation s'est bien établie. Le changement a eu lieu dans un esprit de continuité.

Qu'est-ce qui vous a le plus marqué en arrivant à l'Élysée ?
Le bâtiment lui-même, chargé d'histoire. La taille des cuisines était impressionnante, et l'atmosphère sereine au sein de l'équipe était palpable. J'ai appris à exercer mon autorité dans un cadre décontracté, mais avec une exigence constante, car nous sachions que nous étions au service de la France.

Moments marquants avec les présidents

Quel est votre meilleur souvenir à l'Élysée ?
Recevoir mon insigne de Meilleur Ouvrier de France de la part de Jacques Chirac a été exceptionnel. J'ai également eu la chance de passer du temps en tête-à-tête avec plusieurs présidents, ce qui est rare. Ma rencontre avec la reine d'Angleterre reste également inoubliable, elle m'a partagé son amour pour la France et sa gastronomie.

Et votre pire souvenir ?
La période des attentats a été douloureuse pour nous tous. Chaque jour apportait son lot de défis. Il a fallu rassurer les familles et travailler sans relâche, notamment pour nourrir les chefs d'État lors de moments difficiles.

Un homme en quête de défis

Qu'est-ce qui a retenu votre attention durant ces vingt-cinq années ?
Le manque de routine. Chaque jour apportait de nouveaux défis, que ce soit pour des repas d'État ou pour des occasions uniques comme les fêtes de Noël pour les troupes. Offrir des plats de qualité à ceux qui en ont besoin est ce qui me motive.

Avez-vous fait face à des demandes insolites ?
Les repas d'État sont généralement formels, mais parfois des situations imprévues se présentent, comme le repas de l'équipe de France durant la Coupe du Monde où il a fallu improviser un dîner. Cela fait partie de notre métier.

Vers un avenir culinaire durable

Brigitte Macron souhaite consommer dix fruits et légumes par jour. Quel impact cela a-t-il sur votre travail ?
Je parraine l'Année internationale des fruits et légumes, une initiative de l'ONU à laquelle je tiens beaucoup. Mon prochain livre se concentrera sur la cuisine végétale, visant à encourager les gens à inclure davantage de plantes dans leur alimentation.

Que ressentez-vous en quittant l'Élysée ?
J'avais anticipé ce moment après avoir exprimé mon souhait de voir de nouveaux horizons. Cela fait presque la moitié de ma vie. J'ai partagé de nombreux moments précieux, mais je suis fier de ce que j'ai accompli et désireux de continuer à servir mon pays autrement.

Pouvez-vous parler du Club des Chefs des Chefs ?
C'est un événement crucial pour la diplomatie culinaire et pour faire rayonner la gastronomie française à l'international. Chaque rencontre est une opportunité de partager nos valeurs culinaires, des enjeux sociétaux et le savoir-faire de chaque pays.

(1) Cette organisation culinaire internationale a été fondée en 1977 par Gilles Bragard pour rassembler les chefs de dirigeants internationaux et promouvoir la cuisine traditionnelle.

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