Antoine de Chemellier : La nécessité d'une climatisation en France

La France doit réagir : la chaleur ne doit pas être une fatalité.
Antoine de Chemellier : La nécessité d'une climatisation en France

TRIBUNE. Alors que seulement 24% des foyers français bénéficient d'une climatisation, contre 90% aux États-Unis et au Japon, des milliers de personnes succombent chaque été à la chaleur accablante. Cette situation alarmante résulte d'une politique systématique dissimulée dans des textes réglementaires rarement soumis au débat parlementaire, où la négligence apparaît comme une doctrine d'État.

La France étouffe sous la chaleur, et cette réalité est le fruit d'un choix délibéré. Des pays comme l'Italie affichent 56% de foyers climatisés, et le Japon comme les États-Unis atteignent les 90%. Pendant ce temps, en France, la situation est désastreuse ; des idéologues se gargarisent avec des théories de décroissance, tandis que l'épuisement des populations et la fermeture d'écoles deviennent des symptômes d'une soi-disant vertu écologique. Comment accepter que les 5 000 décès dus aux canicules de 2023, rappelant les 15 000 pertes de 2003, soient considérés comme le prix à payer pour une idéologie déconnectée de la réalité ? Ce constat n'est pas un hommage à l'écologie, mais bien à une négligence qui tue.

Il n'est pourtant pas inéluctable que la chaleur empeigne les vies. Au Texas, où les températures dépassent régulièrement les 40°C, le risque de décès lié à la chaleur est à peine supérieur à celui d'un jour ordinaire. Alan Barreca, un économiste, a montré que le risque de décès a chuté de 75% aux États-Unis durant le XXe siècle grâce à une diffusion croissante de la climatisation. La différence réside dans l'équipement et la volonté politique de le déployer. Cependant, en France, cette volonté semble faire défaut. La ministre de l'Écologie, Monique Barbut, exprime même une horreur face à la climatisation.

Combien de pertes humaines devrons-nous encore endurer à cause d'une gouvernance qui privilégie une passivité vertueuse à un véritable état de protection, au mépris de la rationalité scientifique ? La canicule n’impacte pas uniquement la santé : elle entraîne également une stagflation climatique qui affecte notre capacité intellectuelle. Selon l'OCDE, la productivité diminue de 10% au-delà de 30°C, rendant l'enseignement dans des salles surchauffées quasi impossible. La France perd ainsi près d'une demi-journée de travail chaque semaine et, au-delà de 35°C, notre PIB subit une perte de 8 milliards d’euros sur dix jours.

L'exemple de Singapour illustre bien l'importance de la climatisation. Dans les années 1960, Le pays tropical, sans richesses naturelles, présentait un PIB par habitant de 428 dollars. Lee Kuan Yew considérait la climatisation comme « l’une des inventions les plus importantes de l’histoire », permettant de soutenir la productivité. Aujourd'hui, le PIB par habitant flirte avec les 90 000 dollars, soit le double de celui de la France.

Cette situation alarmante ne peut être réduite à une simple négligence administrative ; elle est la conséquence d'une politique intentionnelle, persistante à travers divers gouvernements. L'État français a fait le choix de ne pas équiper ses écoles, hôpitaux et Ehpad, décision qu'il cache derrière des textes réglementaires obscurs.

Une idéologie qui tue

Le texte réglementaire RE2020, traduit en un arrêté de 1 892 pages, vise véritablement à décourager la climatisation dans les nouveaux bâtiments, en rendant son intégration financièrement prohibitive. Les réglementations sont conçues pour forcer des conditions qui compliquent la vie des constructeurs. Résultat, en 2024, moins de 12% des logements collectifs neufs seront équipés d'un système de climatisation.

Comparez cela à l'article R.241-30 du Code de l'énergie, qui impose qu’un système de refroidissement public ne soit activé que lorsque la température dépasse 26°C. Cette logique technocratique néglige la réalité : lorsque des écoles ou des hôpitaux deviennent invivables, la priorité doit être la protection des occupants, plutôt que d'interdire le froid.

Les politiques publiques excluent clairement la climatisation, et il est aberrant qu'un maire ne puisse pas doter son école d'un équipement de climatisation. Le troisième Plan national d’adaptation, tout en mentionnant la climatisation à de nombreuses reprises, énumère principalement ses inconvénients. La doctrine officielle privilégie des mesures passives : améliorer l’isolation, augmenter la végétalisation, tirer les rideaux. Comme si les lois de la physique pouvaient être ignorées au profit de bonnes intentions.

Actuellement, seulement 7% des surfaces scolaires sont climatisées, et moins de 10% des chambres d’Ehpad le sont également. De plus, 35,5% des logements français deviennent de véritables « bouilloires thermiques », dépassant 30 degrés le jour, 28 degrés la nuit, pendant vingt-cinq jours ou plus par an.

Malgré les nombreuses leçons tirées, l’argumentation contre la climatisation devient obsolète. Les gouvernements ont investi des milliards pour protéger les populations vulnérables durant la crise du Covid-19, pourquoi leur refuser alors un espace climatisé pendant la canicule ? La climatisation est non polluante. Comme l’a affirmé François Gemenne, membre du GIEC, l'électricité produite en France est décarbonée et ne pose pas de risques climatiques. De plus, l'usage des gaz fluorés est interdit par l'Union européenne depuis 2024, et les appareils récents ne les utilisent plus.

En été, notre consommation électrique est au moins 33% inférieure à celle de janvier, laissant une importante marge sur le réseau. Nous sommes capables de chauffer nos maisons à 20 degrés en hiver sans que cela n'éveille de préoccupations, alors pourquoi ne pas considérer le rafraîchissement estival avec le même sérieux ? Quant à l’îlot de chaleur, les études récentes relativisent cette notion, tant que le déploiement des climatiseurs se fait de manière contrôlée.

Pour avancer, nous avons besoin d'une volonté politique. Permettons un accès généralisé à la climatisation dans les nouveaux logements, levons toutes les contraintes. Ouvrons le Fonds vert à l'équipement des administrations publiques, sans condition préalable de rénovation. Réformons les systèmes de classement énergétique et accélérons les rénovations d’écoles, d’Ehpad, et d’hôpitaux. Lancer un plan national d’équipement avec des objectifs chiffrés et un calendrier précis est nécessaire.

Climatiser nos écoles, hôpitaux, Ehpad et logements sociaux coûterait moins cher que d'autres programmes d'investissement comme l'éolien offshore, dont l'appel d'offres a été récemment lancé. Il est temps de modifier nos priorités, car depuis trop longtemps, nous avons fait de mauvais choix. Il est impératif de libérer les règles qui régissent l'équipement de nos logements.

Le plus grand défi reste de nous libérer d'une culture pénitentielle qui considère l'énergie comme une faute à expier plutôt qu'une conquête à défendre. L'énergie doit être perçue comme notre force : elle constitue la ressource des ressources, ouvrant la voie à toutes les autres. De Prométhée à l'électricité, l'histoire de l'humanité est liée à la maîtrise croissante de l'énergie, qui nous permet de repousser les limites de la nature. Renoncer à cette nécessité par idéologie n'est pas une vertu : c'est nuire à nos progrès et à ce qui fonde notre civilisation.

Comment fonctionne la climatisation ?

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