Dans la forêt de Fontainebleau, un chêne symbolise une triste réalité : il est déjà mort sans le savoir. La canicule, accompagnée de sécheresses répétées, se fait sentir et a des conséquences dévastatrices sur ce poumon vert, comme dans d'autres massifs à travers la France.
Les arbres, malgré leur résistance, sont en première ligne face à ces conditions extrêmes. L'Office national des forêts (ONF), gestionnaire des forêts publiques, confirme la gravité de la situation. "Tous les arbres souffrent", souligne Manuel Nicolas, responsable du réseau national de suivi des écosystèmes forestiers (Renecofor)."
Quand la chaleur atteint des sommets, les arbres modifient leur comportement pour économiser l'eau. Pour maintenir leur hydratation, ils ferment leurs stomates, ces petites ouvertures qui permettent les échanges gazeux, réduisant ainsi la photosynthèse, essentielle à leur croissance. Cette stratégie peut toutefois être fatale à long terme.
"Un arbre est une colonne d'eau", explique Nicolas. Il peut puiser jusqu'à 200 litres d'eau par jour. Toutefois, si cette opération devient trop exigeante, le risque de rupture de circuit peut mener à une embolie gazeuse, compromettant l'acheminement de la sève vers les branches. Ce phénomène est en augmentation dans les forêts tempérées d'Europe.
Selon l’Observatoire national des forêts, la France, qui abrite la plus riche diversité forestière du continent, connaît une hausse significative de la mortalité arboricole, doublée en dix ans. Les prévisions estiment qu’en 2050, 30% des essences arboricoles pourraient disparaître si le réchauffement climatique continue à ce rythme.
Les effets du changement climatique sont visibles à l'œil nu. Au sein d’une parcelle surveillée depuis 34 ans, des chênes présentent des symptoms variés : certains se portent bien, d’autres montrent des signes de fatigue. En 2018, une canicule a décimé un ensemble de pins, tandis que d'autres conifères ont résisté.
La variabilité des réactions peut être attribuée à des facteurs tels que l'espèce, la génétique et le micro-climat. L'ONF étudie attentivement ces variances pour anticiper les futures adaptations nécessaires. "Face à la canicule, nos options sont limitées. Cependant, il est essentiel de comprendre quelles essences seront viables dans un siècle", conclut un expert.







