Le 28 mai, Feurat Alani, journaliste d'origine irakienne et lauréat du Prix Albert-Londres, dévoile sa troisième bande dessinée, intitulée Nanterre avant l'orage, illustrée par Ulysse Gry. Cet ouvrage raconte l'histoire du quartier Pablo-Picasso à Nanterre, théâtre de la tragédie où Nahel Merzouk a été tué par un policier en juin 2023.
Pourquoi avoir choisi d'écrire sur la mort de Nahel Merzouk à Nanterre ?
La douleur nationale suscitée par ces événements m'a poussé à mettre en lumière ce lieu. Bien que Nahel soit au cœur de l'intrigue, mon intention est de faire ressortir l'avant et les autres vies qui peuplent ce quartier. C'est pourquoi la BD s’intitule Avant l'orage, pour que l'on comprenne les racines de cette tragédie. Au-delà de la tragédie vécue, il est crucial de montrer ce quartier singulier, trop souvent stigmatisé à travers le prisme des drames médiatisés.
Pourquoi accorder autant d'importance à ce quartier ?
Ce quartier, inscrit comme patrimoine du XXe siècle, est souvent dépeint de manière réductrice. J'ai discuté avec des amis et des habitants, et nous nous souvenons tous des touristes curieux de découvrir cet endroit. Pourtant, derrière le décor pittoresque se cache une réalité de misère sociale. Bien que chez ma mère, on puisse voir la tour Eiffel, une ligne invisible semble empêcher de nombreux habitants de s'échapper de leur condition.
Cette réalité éclaire-t-elle la mort de Nahel Merzouk ?
Le contexte géographique et historique de cet endroit a, à mon sens, joué un rôle dans cet acte tragique. Dans les années 1960, Nanterre abritait certains des plus grands bidonvilles de France, et le lien entre les résidents et la police a toujours été compliqué. Ainsi, ce qui s'est passé avec Nahel s'inscrit dans une continuité : un fossé persistant entre les jeunes et les forces de l'ordre.
Vous affirmez que vous êtes journaliste mais dans une approche différente. Pourquoi ?
Avoir grandi dans ce quartier m'a donné un éclairage unique sur sa réalité. Je suis souvent confronté à une vision caricaturale de cet endroit dans les médias. Comme membre d'une minorité visible, je me sens en quelque sorte investi d'une responsabilité de relater cette histoire avec authenticité.
Votre reportage se termine sur une note positive. Comment les habitants réagissent-ils ?
J'ai voulu rendre compte de la colère légitime de ces jeunes qui, bien trop souvent, se sentent abandonnés par l'État. Cette frustration, bien qu'elle puisse engendrer des actes destructeurs, est révélatrice d'un profond besoin d'être écouté. J'ai aussi découvert des aspects lumineux au sein de cette communauté : une solidarité inébranlable, une humanité persistante. Par exemple, certains jeunes de ce quartier, qualifiés de 'génération Nahel', travaillent à la création d'un restaurant éphémère pour les habitants, prouvant ainsi que, même dans l'adversité, il existe toujours une lueur d'espoir.







