Treize ans après avoir été contraints de fuir leur appartement à cause d'un risque d'effondrement, les copropriétaires du 16, rue Canihac à Bordeaux demeurent en proie à une impasse financière et psychologique, malgré une décision judiciaire favorable.
« Quand je repasse la porte du 16, rue Canihac, c'est un choc, un retour à un cauchemar », affirme Jacqueline Dumail, une octogénaire résignée. Elle ne peut oublier l’appartement hérité de sa mère, fruit des sacrifices de sa famille. Cela fait bientôt treize ans qu'elle ne peut y habituer, un souvenir devenu trop lourd à porter.
Marianne Bourineau, professeur à la retraite, a dû quitter son logement d'urgence le 23 octobre 2013. « J’ai été escortée dehors, sans avoir le temps d’emporter quoi que ce soit, juste avec mes deux chats », se remémore-t-elle. Sa douleur persiste chaque fois qu'elle s’approche de l’ancien immeuble, « c'est un véritable traumatisme », dit-elle. Son parcours, récit d'une lutte acharnée, témoigne du drame vécu par une communauté de propriétaires piégés par des problèmes structurels.
Une catastrophe annoncée
Tout a commencé avec des travaux destinés à soutenir l'immeuble voisin, où s'érigeait un projet de maison de solidarités. Des pieux enfoncés à grande profondeur ont provoqué des fissures. Selon des experts, ce chantier a entraîné des dommages irréversibles, laissant les propriétaires dans un état de frustration et d'angoisse.
Jean-Marc d'Agata, un des copropriétaires, souligne l'absurdité de la situation : « Ces événements ont détruit nos vies, réduits à néant nos rêves et projets. » Malgré une décision de justice reconnaissant la responsabilité des maîtres d'ouvrage, l'indemnisation est dérisoire par rapport aux pertes subies, et le chemin juridique reste semé d'embûches.
Une victoire amère
En 2021, la Cour de cassation a jugé que la responsabilité incombe aux entreprises, pourtant l’indemnisation reçue ne couvre même pas les travaux de restauration nécessaires. « Le coût de la reconstruction est hors de portée », affirme Jean-Marc, qui a sacrifié des heures de son temps à tenter de comprendre cet imbroglio judiciaire.
Les copropriétaires se retrouvent en effet dans une spirale d'endettement et de désespoir. La vie qu'ils menaçaient a été totalement bouleversée : Marianne évoque sa précarité locative continue, tandis que Jacqueline redoute de ne rien laisser à ses proches.
« Tout cela est un fardeau émotionnel. Je ne suis pas juste en colère pour moi, mais pour cette mémoire qui se dissipe, des espoirs s’effacent. » Les histoires de ces propriétaires sont emblématiques de la tragédie vécue à Bordeaux et témoignent d'un système qui échoue à protéger ses citoyens. Issu de ce parcours douloureux, il semble crucial d'alerter l'opinion publique sur ces problèmes qui touchent encore trop de personnes au quotidien.







