Une stratégie audacieuse pour inonder l'Europe
Fabrice Rizzoli, enseignant à Sciences Po et expert en narcotrafic, décrypte un phénomène inquiétant : l'accroissement des volumes de cocaïne sur le sol européen. Les cartels colombiens, avec une stratégie de quantité, choisissent d'inonder le Vieux Continent, rendant ainsi les saisies de drogue de plus en plus fréquentes et conséquentes.
"Les cartels se sont perfectionnés sur le plan agronomique et chimique. Aujourd'hui, ils réussissent à tirer une quantité supérieure de poudre à partir des mêmes feuilles de coca," explique Rizzoli. Cette amélioration des procédés leur permet non seulement d'augmenter leur production, mais aussi de proposer des prix plus attractifs sur le marché, un paradoxe à l'heure où la qualité se dilue face à la surabondance.
Citation d'expert : "Le marché nord-américain est saturé. L'Europe apparaît comme un nouvel eldorado pour ces groupes criminels," souligne Rizzoli.
Alors que les États-Unis et le Canada peinent à contenir la consommation de certaines drogues comme le fentanyl, l'Europe devient une cible de choix pour les cartels. "Avec une accessibilité accrue de la cocaïne, le marché américain a atteint son plafond. L'Europe, en revanche, est perçue comme un relais de croissance inexploré," ajoute-t-il.
Consommation croissante et défis sociétaux
Les études sociologiques révèlent une consommation de cocaïne en forte augmentation depuis 2020, dépassant les milieux urbains pour toucher aussi des zones rurales. Rizzoli note que le prix du gramme, qui est passé de 800 francs en 1990 à environ 50 euros aujourd'hui, facilite cette expansion.
Avis de consommateurs : plusieurs jeunes interrogés confirment qu'"avec des tarifs aussi bas, la cocaïne est devenue presque courante dans les soirées". Les cartels semblent donc s’adapter aux demandes croissantes d’un marché vorace, prêt à prendre tous les risques stratégiques.
Vers une prise de conscience nécessaire
Face à cette marée blanche, la question se pose : comment contrer cette invasion inconsciente ? Rizzoli appelle à renforcer les actions de prévention pour aider les consommateurs à sortir de l'addiction. "L'absence de produit de substitution pour la cocaïne, à l'inverse de l'héroïne, nécessite une réflexion profonde sur les stratégies à adopter,” conclut-il.







