C'est un tournant dans l'histoire de Grenoble. Laurence Ruffin, cheffe d'entreprise et novice en politique, a été élue dimanche dernier comme la première femme maire de la ville, à la tête d'une coalition de gauche. Son frère, le député François Ruffin, l'a qualifiée de "meilleure de la famille", soulignant ainsi ses ambitions pour un futur rôle à Bercy.
Âgée de 48 ans, Laurence, originaire d'Amiens, a fait campagne sur les marchés, habillée souvent de rouge, afin de se faire connaître des Grenoblois. Cela fait près de vingt ans qu'elle vit dans « sa ville de cœur », comme elle la décrit. Bien qu'elle n'adhère à aucun parti et que son apparition sur la scène politique ait été relativement tardive, son élection s'est construite sur le soutien discret de l'ancien maire écologiste, Eric Piolle, qui a choisi de ne pas briguer un nouveau mandat.
Laurence Ruffin a remporté 56,59 % des suffrages face à l'ancien maire Alain Carignon, qui avait surpris tout le monde en arrivant en tête au premier tour. Elle a dû former une alliance stratégique avec la liste LFI d'Allan Brunon pour remporter cette élection, devenant plus offensive contre son rival pendant la campagne. Son engagement en tant que "militante coopérative" reflète son désir de changer le quotidien des citoyens grenoblois.
Un élu de gauche, s'exprimant sous couvert d'anonymat, la décrit comme "courageuse et déterminée, pas une fille d'appareil". Il souligne que, de nos jours, pour se lancer en politique, il faut une "capacité d'indignation". François Ruffin, son frère, semble convaincu qu'elle a le potentiel pour devenir ministre de l'économie.
Cependant, elle n'est pas à l'abri des critiques. Alain Carignon l'a qualifiée d'opportuniste, lui reprochant son absence des débats essentiels sur la circulation et la sécurité lors des dernières années. "C’est trop tard ! Où étiez-vous, Laurence Ruffin ?" a-t-il déclaré lors de ses vœux aux Grenoblois.
Laurence Ruffin a un parcours impressionnant. Diplômée de l'ESSEC en 2000, elle a d'abord évolué dans le conseil en stratégie avant de se diriger vers l'économie sociale et solidaire en 2003. Elle a depuis fondé et dirigé Alma, une SCCOP active dans le secteur des logiciels, et est actuellement vice-présidente de la Confédération Générale des Scop et SCIC.
En ce qui concerne son mandat, Ruffin souhaite un "changement de méthode" tout en tenant compte des résultats de l'équipe sortante. Parmi ses promesses, elle évoque la baignabilité de la rivière Isère, des initiatives pour réquisitionner des locaux vides, ainsi que la gratuité des transports en commun le weekend.







