Lors d’un meeting à Bondy le 4 mars 2026, Jean-Luc Mélenchon a affirmé que la conception de Notre-Dame de Paris devait son essor au savoir musulman, rapporté des croisades. Qu’en est-il vraiment ? Pauline de Préval, auteure du "Dictionnaire amoureux des cathédrales" (Plon), nous éclaire sur ce sujet.
Le leader de la France insoumise a déclaré : « Les bâtisseurs de cathédrales ont profité du savoir qu’ils avaient rapporté des musulmans... ». Sa récente prise de position soulève des interrogations quant à la véracité de ses affirmations. Ce n'est pas la première fois qu'il aborde ce thème. En juin 2025, il évoquait déjà Saladin comme celui qui aurait initié les techniques de construction des cathédrales.
Il est nécessaire de rappeler que les architectes gothiques, bien qu’inspirés par l'héritage grec, romain et byzantin, n'ont pas emprunté les mathématiques arabo-musulmanes. À cette époque, ils utilisaient une géométrie empirique, comme le montre un traité du XVe siècle sur la conception des pinacles. Les bases des cathédrales, développées aux IVe et Ve siècles, adaptaient le modèle des basiliques romaines selon les besoins du culte chrétien. La période gothique débute avec la volonté de retrouver le scintillement et la luminosité des cathédrales paléochrétiennes tout en utilisant des voûtes en pierre.
La mémoire selective de Mélenchon
Concernant les vitraux, s'il est vrai que Jabir Ibn Hayyan a décrit des recettes de coloration au IXe siècle, les Européens maîtrisaient déjà cette technique depuis des millénaires. Les vitraux historiés, qui narrent des histoires, émergent seulement au XIIe siècle en France, pour faciliter l'éducation religieuse des fidèles, comme l'expliquent des spécialistes de l'époque.
Étonnamment, Mélenchon semble oublier que plus de 800 ans auparavant, les Byzantins ont eux-mêmes emprunté des techniques aux Perses, et que la riche tradition de construction et de décoration des mosquées s'inspire largement de l'art byzantin. Après la conquête de Constantinople en 1453, Sainte-Sophie a servi de modèle aux mosquées ottomanes, illustrant ainsi une continuité dans la fusion des styles architecturaux.
Il est important de comprendre que ces influences culturelles sont le résultat d'un échange complexe, où chaque civilisation a enrichi l'autre. Comme l'indique le historien de l'architecture, Jacques Le Goff, « il n’existe pas de création sans emprunt ». La discussion ouverte par Mélenchon mérite une réflexion nuancée, loin des simplifications historiques.
Enfin, pour celui qui prône un retour aux racines historiques, une visite guidée à la basilique Saint-Denis ou à Notre-Dame pourrait l'éclairer sur la richesse de notre héritage architectural.







