Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a récemment annoncé un ensemble de mesures visant à lutter contre la surpopulation carcérale en France, un problème persistant et préoccupant pour le système pénitentiaire. Dans une lettre adressée aux syndicats de son ministère, il a exprimé son intention d'établir des objectifs chiffrés tout en mettant de côté l'idée d'une régulation du nombre de détenus.
« Nous ne voulons plus de matelas au sol dans nos prisons », a déclaré Darmanin, qui a promi de construire plusieurs nouvelles prisons pour répondre à cette crise. Son plan comprend l'ouverture de 3 000 places supplémentaires dans des établissements modulaires d'ici un an et demi. Cependant, sa déclaration a suscité des interrogations, car seulement 4 500 des 15 000 places prévues depuis 2018 ont été livrées jusqu'à présent, soulignant un retard inquiétant dans les projets de construction.
Darmanin évoque l'idée d'une « trajectoire nationale de maîtrise de la population carcérale », visant à établir un seuil d'occupation maximal dans les établissements pénitentiaires. Les objectifs pourraient inclure un taux d'occupation de 150 % d'ici 2030, et 130 % en 2032, particulièrement pour les maisons d'arrêt, où la situation est la plus critique, atteignant parfois plus de 160 % d'occupation.
Dans le contexte actuel, la France comptait 86 229 détenus pour seulement 63 613 places en prison, ce qui représente un taux général de 136,5 %. Avec une telle surpopulation, de nombreux établissements comme ceux de Limoges et Nanterre sont devenus des lieux où cohabitent plus de deux détenus par cellule, augmentant les tensions et les défis pour le personnel pénitentiaire.
Malgré les préoccupations grandissantes, Darmanin reste opposé à l'instauration de régulations automatiques, comme celles mises en place en Allemagne, qui cherchent à équilibrer le nombre de détenus en facilitant les sorties ou en limitant les entrées. « Les décisions de sortie doivent rester judiciaires, et ne pas résulter de mécanismes purement administratifs », a-t-il affirmé.
Les experts de la justice expriment des points de vue divergents sur ces mesures. Pour certains spécialistes, comme le criminologue Alexandre Dubois, « le manque de structure et l'absence de réformes en profondeur nuisent à l'efficacité du système pénitentiaire ». Tandis que d'autres, comme le sociologue Pierre Martin, estiment que « l'augmentation des infrastructures ne suffira pas sans une réflexion sur les alternatives à l'incarcération ».
Gérald Darmanin a aussi évoqué des questions de sécurité, soulignant que la possession de téléphones portables en prison entraînerait des sanctions plus sévères, avec aucune tolérance pour les récidivistes. Ces mesures visent à renforcer la discipline au sein des établissements et à assurer la sécurité, tant des détenus que des gardiens.
La lutte contre la surpopulation carcérale reste un sujet sensible en France, où le besoin de réformes structurelles et de réflexions sur les méthodes d’incarcération continue de préoccuper les acteurs du système judiciaire et les droits de l’homme.







