“La prochaine élection se jouera sur le thème du Brexit.” Avertissement relayé par The Sunday Telegraph, évoquant une situation qui rappelle les frissons de l'année 2016. À cette époque, l'Euro de football en France se profile à l'horizon, et des figures inattendues, comme le maire londonien Boris Johnson, prennent position pour la sortie de l'Union européenne.
Il ne s'agit pas d'un anachronisme. Cette affirmation de Matthew Elliott, chef de file du mouvement Vote Leave, a été formulée tout récemment lors d'un entretien. Le consensus est clair : Brexit is back.
Après avoir été largement ignorée, la question des relations entre le Royaume-Uni et l'UE refait surface dans les conversations publiques. Le Premier ministre travailliste, Keir Starmer, fervent europhile, envisage un rapprochement avec l'UE, motivé par l'impératif de stimuler la croissance économique. Un projet de loi présenté en avril au Parlement vise à faciliter l'harmonisation britannique avec les normes européennes, et certains leaders du Labour, comme Wes Streeting et Andy Burnham, aspirent à un possible retour complet dans l'UE.
Aspirations ignorées
“L’omerta se lève enfin,” se réjouit The Observer. “On parle à nouveau de se rapprocher de Bruxelles.” Pourtant, ce regain d'intérêt risque de raviver d'anciennes tensions. En effet, 60 % des électeurs continuent de se définir par leur choix du référendum, note The Guardian. Ce qui autrefois était une identification politique entre travaillistes et conservateurs s'est désormais transformé en étiquettes de remainers ou brexiteurs.
Les résultats des élections locales du 7 mai illustrent cette tendance, avec des partis comme Reform UK, dirigé par Nigel Farage, attirant les électeurs venues des régions pro-Brexit, reléguant les partis traditionnels au second plan.
Ni le gouvernement conservateur ni le Labour n'ont vraiment su répondre aux attentes exprimées à l'époque du référendum, selon Fraser Nelson dans The Sunday Times, qui explique qu'il s'agit d'une demande d'un nouveau modèle économique, se distanciant d'une mondialisation qui privilégie l'importation de main-d'œuvre étrangère.
“Nous sommes dehors”
En matière d'immigration, la sortie de l'UE n'a pas atténué les préoccupations des Britanniques, relevant The Observer, que les dérives des traversées illégales de la Manche demeurent des inquiétudes majeures. “Le message sur l'immigration demeure inaudible,” déplore The Sunday Telegraph. Au contraire, le système de points mis en place par Boris Johnson a conduit à une hausse significative du solde net des migrations.
Du point de vue économique, les effets sont également déconcertants. “Le retrait de l'UE a redéfini notre relation commerciale avec 27 pays,” observe le The Guardian. Toutefois, les partisans du Brexit sont restés flous sur la nature de ces nouvelles relations, causant des divisions internes et des incertitudes post-référendum.
Une décennie après le référendum, le pays hésite encore à révéler son identité au sein du bloc européen. Selon Matthew Elliott, en l'absence d'une vision nouvelle et convaincante, les discussions autour du Brexit continueront d'émerger régulièrement. “Est-ce que le Brexit a fonctionné ? Oui, l’objectif était de sortir de l’UE. Nous sommes dehors,” soutient The Critic. Une vision réaliste mais qui néglige d’aborder les défis à venir, pointés par Daily Telegraph, qui affirme que “le Royaume-Uni n’a pas encore exploité le plein potentiel du Brexit,” optant souvent pour une soumission à l’UE, un bateau en pleine dérive.
Enfin, un grand débat prévu à Londres le 29 juin, rassemblant des experts du Daily Telegraph, s'attachera à imaginer un avenir florissant pour le Royaume-Uni au-delà de l'UE. Le thème de cette soirée : “Comment réussir le Brexit ?” Une question qui demeure, dix ans après, sans réponse définitive.







