C'est une question de survie pour la nation face à un déclin démographique jugé alarmant. Depuis 1987, le taux de natalité en Russie révèle une chute incessante, atteignant en 2023 seulement 8,6 naissances pour 1.000 habitants. Le président Vladimir Poutine, au pouvoir depuis 25 ans, a fait de cette problématique une priorité, exacerbée par l'envoi de centaines de milliers de jeunes hommes sur le front ukrainien depuis février 2022.
Face à cette situation, le ministère russe de la Santé suggère aux médecins de recommander aux femmes ne souhaitant pas d'enfant des consultations psychologiques pour favoriser une vision positive de la maternité.
En janvier 2025, plusieurs régions russes ont introduit des allocations pour les étudiants enceintes, visant à les dissuader d'avorter. D'autres ont élargi les mesures aux adolescentes enceintes, comme le rapporte la BBC. À côté de cela, le Kremlin a renforcé les lois contre l'avortement et la propagation de messages « child-free » tout en mettant en avant un discours traditionnel, anti-LGBT et anti-IVG.
Une crise démographique persistance
Ces mesures – basées sur des incitations et des sanctions – illustrent un phénomène plus vaste : la crise démographique en Russie. Selon Tatiana Kastouéva-Jean, directrice au Centre Russie/Nouveaux États Indépendants (NEI) de l'Institut Français des Relations Internationales (Ifri), Poutine a tenté d'y remédier, mais ses décisions militaires ont aggravé le problème en raréfiant la population en âge de procréer.
" Contrairement à la logique, la Russie a mis en place depuis mars 2024 des restrictions à l'immigration, alors même que l'immigration de travail, notamment d'Asie centrale, représentait une partie de la solution à son problème de natalité", explique Anna Colin Lebedev, experte en sciences politiques.
Un manque de solutions durables
L'introduction d'un capital maternité en 2023 a fait grimper temporairement le nombre de naissances. Néanmoins, les experts, dont Tatiana Kastouéva-Jean, soulignent que ces aides ne conduisent pas nécessairement à une augmentation du nombre d'enfants par famille, mais plutôt à un « effet d'accélération » des naissances. En réalité, la population jeune disponible pour la procréation continuera de diminuer.
Pour qu'une réforme véritable prenne effet, il est crucial d'améliorer les conditions économiques et sociales, comme encourager l'accès aux crèches. Dans un contexte de guerre, les conditions pour fonder une famille sont de plus en plus difficiles. "Les politiques pro-natalistes mises en place sont souvent fondées sur de mauvaises idées", conclut fermement Anna Colin Lebedev.







