Les électeurs danois se rendent aux urnes mardi pour des élections législatives qui s’annoncent serrées. La Première ministre sociale-démocrate, Mette Frederiksen, espère obtenir un troisième mandat dans un contexte marqué par des préoccupations nationales et des tensions avec les États-Unis au sujet du Groenland.
À 48 ans, Mme Frederiksen capitalise sur son image d'expérimentée, bien que la popularité de son parti soit en déclin. Selon plusieurs sondages, les sociaux-démocrates estiment conserver la première place mais prévoient une chute d'environ 6 points par rapport au scrutin de 2022.
Un total de onze autres partis se disputent les 179 sièges du Folketing, le Parlement danois. Ces partis sont traditionnellement regroupés en deux blocs : le bloc rouge à gauche et le bloc bleu à droite. Cependant, le nouveau parti des Modérés, dirigé par Lars Løkke Rasmussen, pourrait bien se situer en dehors de ces blocs, jouant ainsi un rôle décisif lors des négociations de coalition.
Selon la politologue Karina Kosiara-Pedersen de l'Université de Copenhague, "Il y a égalité dans de nombreux sondages d'opinion où les Modérés sont le parti pivot, donc c'est eux qui décident". Elle ajoute que le bloc rouge, incluant la Première ministre, pourrait avoir une majorité dans certaines enquêtes, bien que rien ne soit encore gagné.
Les quatre sièges ultramarins, représentant le Groenland et les îles Féroé, pourraient également jouer un rôle crucial. Les opinions divergentes sur la question du Groenland, notamment celles du Parti du peuple danois (DF), compliquent le soutien potentiel d’élus groenlandais à un gouvernement impliquant ce parti d'extrême droite. Ole Waever, professeur à l'Université de Copenhague, souligne qu'un parlementaire groenlandais même modéré pourrait avoir des difficultés à soutenir une coalition de droite.
Cette courte campagne de trois semaines s'est concentrée sur des sujets tels que la qualité de l'eau potable, l'âge de la retraite et l'imposition des grandes fortunes. Le projet du parti social-démocrate de taxer les patrimoines au-delà de 25 millions de couronnes danoise (environ 3,3 millions d'euros) est controversé, mais plusieurs experts, dont Damoun Ashournia, économiste en chef de la FH, soutiennent que c'est une voie nécessaire pour financer l'État-providence.
Dans le contexte inflationniste actuel, le gouvernement sortant avait précédemment approuvé un "chèque nourriture" pour aider les populations vulnérables. Anders Hemrich, un jeune Danois de 21 ans, partage son ressenti : "Je n'ai pas vraiment l'impression de galérer, mais c'est surtout parce que j'ai deux boulots, et en réalité, les prix montent sans redescendre".
La situation sécuritaire, surtout autour du Groenland, reste un sujet de préoccupation pour les 4,3 millions d'électeurs danois, particulièrement avec les récentes déclarations de Donald Trump sur le territoire. "La question du Groenland n'a pas été abordée directement, mais elle influence le regard que l’on porte sur les leaders", explique Kosiara-Pedersen.
Enfin, une enquête de Voxmeter révèle que 23% des Danois considèrent la politique de défense et de sécurité comme une priorité. Bien que la question des réfugiés ait partiellement ponctué la campagne, elle n’est perçue comme cruciale que par un peu moins de 9 % des électeurs.







