ENTRETIEN. Dans Maroc, la force de la stabilité (Le Cherche Midi), le politologue Sébastien Boussois examine la trajectoire exceptionnelle du royaume chérifien au cours des vingt-cinq dernières années. Alors que les Printemps arabes ont souvent engendré des guerres civiles, des coups d'État, et des crises durables dans plusieurs pays de la région, le Maroc a emprunté un chemin distinct, axé sur la réforme, la stabilité, et une modernisation progressive. Ce parcours illustre un modèle à suivre.
Votre livre Maroc, la force de la stabilité présente le Maroc comme une exception dans le monde arabe. Pourquoi cette particularité est-elle cruciale aujourd'hui ?
Cette singularité est d'une rareté extrême. Depuis les Printemps arabes, de profonds bouleversements affectent le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord : guerres civiles en Syrie, Libye et Yémen, effondrement d'États, réaffirmation de l'autoritarisme en Égypte, instabilité chronique en Tunisie et tensions en Algérie. Le Maroc, en dépit de ses défis économiques et sociaux, se présente comme un contre-exemple. Contrairement à d'autres nations, il a démontré qu'il était possible de moderniser un pays tout en préservant la continuité des institutions. Cela se traduit par une leçon essentielle : la stabilité peut être un levier de transformation impliquant une vision à long terme et des réformes structurantes menées de manière progressive.
Vous évoquez une décision clé de Mohammed VI en 2011. Quel choix a-t-il fait que d'autres dirigeants n'ont pas su comprendre ?
L'erreur de nombreux régimes a été de penser que les désirs populaires pouvaient être apaisés uniquement par la répression ou bien en laissant leurs institutions dépérir. Mohammed VI a opté pour une troisième voie. Au début des manifestations de 2011, il annonce une réforme constitutionnelle majeure qui élargit les prérogatives gouvernementales, reconnait officiellement la langue amazighe et initie un processus politique pour répondre aux revendications populaires. Cette capacité d'adaptation a transformé une crise potentiellement explosive en une évolution institutionnelle bénéfique.
Les défis demeurent, mais grâce à une approche pragmatique, le Maroc incarne une lumière d'espoir dans un paysage régional trouble, selon des experts tels que l'économiste Fatima Elbouqaï, qui souligne que le royaume doit continuer d'avancer pour maintenir son élan face à des enjeux croissants. Malgré les critiques et les besoins pressants de réformes, le Maroc semble bien décidé à tracer son propre chemin dans le monde arabe.







