Le 17 juin, Ariane 6 a marqué un tournant avec le lancement de 36 satellites en orbite basse. Avec l'objectif ambitieux de réaliser entre neuf et dix lancements par an, le lanceur lourd européen entend se mesurer à SpaceX, le géant américain. Reportage depuis Kourou.
Kourou, jeudi 18 juin. La tension des semaines précédentes s'efface. Le jour précédent, Ariane 6 a gravé son nom dans l'histoire, propulsant à 500 km de la Terre 36 satellites du réseau Amazon Leo, un record à ne pas sous-estimer. Des ateliers d'ArianeGroup en Gironde, où se fabriquent des pièces clés, à la Guyane, une bouffée d'oxygène est perceptible. À 9h21 ce jour-là, Ariane 6, la plus puissante jamais réalisée, a quitté la Terre, flanquée de quatre boosters chargés de 156 tonnes de propergol chacun. Une première qui a permis de mettre en orbite ces 22 tonnes de matériel de communication.
Guerre en Ukraine
Le lendemain du lancement, à proximité du pas de tir, Loïc Ménager, directeur d'Arianespace et d'ArianeGroup à Kourou, s'exprime avec satisfaction : « Les messages de félicitations affluent ! ». Alors que l'attention se concentre sur la reconfiguration du site et la récupération des milliers de litres d'eau ayant servi à refroidir les structures ayant supporté un feu intense, il se rend compte de l'ampleur du chemin parcouru après ce huitième succès consécutif de la fusée.
Retrouvant Kourou après plusieurs années, Ménager a traversé une période troublante pour l'industrie spatiale européenne : « Mon arrivée coïncidait avec une conjoncture délicate. Je suis arrivé alors que 2022 était marquée par une succession de revers. La guerre en Ukraine a durement impacté notre programme, en particulier l'arrêt des missions Soyouz en Guyane, » explique-t-il.
«Il faut beaucoup d'humilité, de ténacité et ne pas s'écarter de notre objectif »
La cadence de production d'Ariane 6, qui avait été lancée en 2014, doit s'accélérer. Loïc Ménager souligne la nécessité d'un processus industriel réinventé pour produire plus rapidement. Les différentes étapes d'assemblage qui nécessitaient des déplacements complexes ont été simplifiées, permettant un gain de temps considérable. L'ensemble de la préparation se fait désormais directement sur le pas de tir.
«Il y a une course à la réduction des coûts », souligne David Cavaillolès, le président d'Arianespace.
Les ambitions sont élevées, notamment celles de pouvoir offrir jusqu'à quinze lancements d'Ariane 6 par an, de réduire de 40 % les coûts de fabrication et d'accélérer les délais entre deux campagnes de lancement, passant de six semaines à quinze jours. Le récent contrat avec Amazon Leo pour des lancements récurrents vient également confirmer ces espoirs.
Avec la mise en orbite réussie des satellites, l'avenir de l'Europe dans la conquête spatiale semble s'éclaircir, un signe que les Européens sont bien décidés à prendre les devants face à des acteurs comme SpaceX et Elon Musk.








