l'essentiel
Les familles des victimes de l'incendie du Constellation réclament une qualification pénale plus sévère contre les propriétaires du bar. Elles s'appuient sur de nouveaux éléments pour affirmer que le risque d'incendie était connu. On vous explique.
Le drame aurait-il pu être évité ? Plus de six mois après l'incendie tragique du bar Le Constellation à Crans-Montana, où 41 personnes ont perdu la vie et 115 autres ont été blessées lors de la nuit du Nouvel An, les familles des victimes exigent une requalification des charges contre les gérants.
À la suite de l’audience de confrontation des époux Moretti, qui s'est tenue le 5 juin dernier, deux avocats représentant plusieurs familles de victimes, Sophie Haenni et Ludovic Tirelli, ont adressé une lettre à la justice suisse. Ils demandent que les prévenus soient poursuivis pour "meurtre par dol éventuel" au lieu de "homicide par négligence". Un chef d'accusation bien plus lourd, pouvant entraîner jusqu'à 20 ans d'emprisonnement pour Jacques et Jessica Moretti.
Qu'est-ce que cela signifie ?
Dans le droit suisse, le "meurtre par dol éventuel" désigne une situation où une personne n'a pas directement l'intention de provoquer un résultat tragique, mais accepte néanmoins le risque qu'il se produise. En d'autres termes, elle agit en ayant conscience des dangers et des conséquences de ses actes. Or, les avocats des familles des victimes estiment, sur la base d'éléments recueillis durant l'enquête, que les gérants étaient bel et bien conscients du danger que représentait la mousse installée au plafond du sous-sol.
Pour justifier leur demande, les avocats s'appuient sur des échanges WhatsApp datant de 2019 entre un employé et Jessica Moretti, mettant en lumière sa connaissance des risques associés à l'utilisation de bougies dites "fontaines" à proximité de la mousse accrochée au plafond. "S’ils veulent des scintillants, faites très attention, restez jusqu’à ce que le scintillant s’éteigne car s’il tombe sur le canapé ou le sol et brûle la mousse au plafond, le Constellation brûle...", avait averti la gérante de l'établissement. Cette dernière a cependant précisé que ce message avait été écrit "au second degré" lors de son audition.
On dépasse le cadre de la négligence
D'après les premiers éléments d'enquête, le contact entre des étincelles et la mousse insonorisante serait la cause de l'incendie survenu dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier. "Cet échange démontre que le couple Moretti était parfaitement conscient de la nature hautement inflammable de la mousse acoustique. Pourtant, ils ont tout de même demandé à un employé de porter des bouteilles jonchées de bougies", a déclaré Sophie Haenni à l'AFP.
Pour l'avocate, ces éléments dépassent de loin la simple négligence. "Les Moretti savaient que le bar pouvait prendre feu. Ils étaient conscients des risques et ont choisi de s'en accommoder. La négligence ne doit plus être retenue, mais bien le meurtre par dol éventuel", a-t-elle insisté.
À ce jour, 14 personnes font l'objet d'une enquête pénale pour "incendie par négligence, homicide par négligence et lésions corporelles graves par négligence", dont les époux Moretti ainsi que plusieurs élus locaux.







