Alors que le blocus du détroit d’Ormuz soulève des craintes d'un choc pétrolier sans précédent, une autre crise peut diminuer l'accès à des médicaments essentiels en Europe. La dépendance des usines pharmaceutiques aux matières premières dérivées du brut pourrait plonger le continent dans une pénurie de paracétamol et d'antibiotiques.
Depuis près de trois mois, la communauté internationale observe avec inquiétude l'escalade des tensions au Moyen-Orient. La récente fermeture du détroit d'Ormuz, point névralgique pour le transport du pétrole, menace l'approvisionnement en produits chimiques nécessaires à la fabrication des médicaments. En effet, cette situation pose un risque réel pour l'approvisionnement en traitements cruciaux.
Pourquoi le risque de pénurie de médicaments est-il si élevé ?
La production des médicaments que nous utilisons quotidiennement dépend largement de précurseurs chimiques et de solvants, dérivés du raffinage pétrolier. Bien que l'industrie pharmaceutique ne consomme que 3 % de la production mondiale de pétrole, elle en dépend presque entièrement pour ses ingrédients actifs.
Le détroit d'Ormuz est vital : c’est par cette voie que le pétrole est transporté vers l'Asie pour y être transformé en produits médicaux. D'après une étude de l'Institut Jacques Delors, l'Europe a délocalisé 80 % de sa production d'ingrédients actifs vers des pays comme l’Inde et la Chine. Du coup, le blocus agit comme un étau, restreignant les chaînes d'approvisionnement entre l'Asie et l'Europe.
Quels médicaments sont en danger ?
Les médicaments de première nécessité, tels que le paracétamol, les corticoïdes et les antibiotiques, sont particulièrement vulnérables. Ces produits, souvent proposés à bas prix avec des marges très serrées, subissent les effets d'une explosion des coûts logistiques et d'une pression sur les prix de vente. Les fabricants asiatiques commencent à réduire leur production, faute de matières premières.
Enea Martinelli, un expert en pharmacie hospitalière basé en Suisse, souligne : "La globalisation excessive de ces traitements les rend extrêmement vulnérables. En cas de crise géopolitique, tout l'équilibre industriel s'écroule."
D'ores et déjà des tensions d'approvisionnement observées
Selon le Groupement pharmaceutique de l'UE, les ingrédients actifs représentent déjà plus de 75 % des pénuries de médicaments dans les pharmacies. Des rapports en provenance de pays comme la Suisse indiquent des turbulences critiques concernant l'approvisionnement en antibiotiques et en gammes de paracétamol.
En France, le Centre de crises sanitaires a précisé que pour l’instant les industriels et les centrales d’achat n’ont pas diagnostiqué de ruptures d’approvisionnement liées au conflit. Cependant, des inquiétudes se lèvent concernant les impacts à long terme, tels que des perturbations logistiques croissantes et une flambée des coûts de l’énergie et des matières premières.







