Tous les mardis et jeudis, une queue s'étire devant l'église Santa Cruz de Jérusalem à La Havane, où des centaines de Cubains espèrent se procurer des médicaments gratuits. Dans un contexte de délabrement progressif des services de santé, ces distributions se révèlent vitales pour de nombreux habitants.
Depuis six ans, Cuba fait face à une crise économique exacerbée par de fortes sanctions américaines et des faiblesses intrinsèques de son système économique. Les pénuries en aliments et en soins médicaux, couplées à des coupures d'électricité, touchent quotidiennement la vie des 9,6 millions d'habitants.
Dans cette tourmente, les Églises redéfinissent leur rôle en devenant des piliers de soutien pour la population, alors que l’État peine à subvenir aux besoins fondamentaux. La paroisse, par le biais de dons provenant de l’étranger, s'organise pour distribuer des médicaments adaptés, souvent manquants dans les pharmacies publiques.
Juana Emilia Zamora, retraitée de 71 ans, exprime son désespoir face à l'absence de médicaments dans la pharmacie d’État près de chez elle. "Les prix sur le marché noir sont exorbitants, et ma pension de 2.000 pesos (environ 4 dollars) ne me permet pas de les acheter", confie-t-elle.
Gretel Agrelo, membre de la paroisse, remarque l'ampleur de l'augmentation des bénéficiaires. Alors qu’il y a deux ans, une à deux personnes recouraient à cette aide, aujourd'hui, ce sont jusqu'à 300 pourtant en quête de soulagement. Malheureusement, les fournitures médicales sont souvent insuffisantes pour couvrir une telle demande.
Le frère Luis Pernas, prêtre franciscain, déplore la précarité croissante des Cubains, ajoutant que la situation s'est détériorée et que les inégalités s'intensifient. Leur rôle, par ailleurs, a évolué depuis que le Vatican agit comme médiateur entre Cuba et les États-Unis depuis plusieurs années.
Au-delà de la sphère catholique, les Églises protestantes jouent un rôle similaire. Par exemple, à l'église baptiste Nazareth de La Havane, environ 400 personnes assistent aux cultes chaque semaine, avec la possibilité de bénéficier de repas et de consultations médicales.
Le pasteur Karell Lescay remarque que l'augmentation des bénéficiaires témoigne de l'effondrement économique. "La majorité sont des personnes âgées vivant seules". Il souligne l'importance de leur aide face à la détérioration des services publics.
Les dons de Cubains sur l'île permettent de nourrir les bénéficiaires. Toutefois, les défis logistiques, comme des coupures d’électricité, compliquent cette tâche. "Sans le soutien de l'Église, beaucoup n'auraient pas accès à ces ressources", conclut-il.







