Le procès de Sabri Essid, jihadiste français lié à Mohamed Merah, a débuté lundi devant la cour d'assises de Paris. Jugé par défaut pour génocide et crimes contre l'humanité commis contre la communauté yazidie en Syrie entre 2014 et 2016, il est considéré comme présumé mort. Cette audience ouvre une nouvelle ère pour la justice en France.
À retenir
• Le procès a débuté ce lundi à Paris pour Sabri Essid, un Toulousain présumé mort en 2018, jugé pour génocide et crimes contre l'humanité en Syrie entre 2014 et 2016.
• Essid, membre de l'État Islamique, est accusé d'avoir participé activement à des atrocités contre les Yazidis, notamment en achetant des captives pour les soumettre à l'esclavage sexuel.
• Lors de ce procès, des victimes de l'attaque de Sinjar en 2014 témoigneront pour mettre en lumière la spécificité du génocide yazidi au-delà des infractions terroristes.
Ce procès par défaut de Sabri Essid, soupçonné d’avoir pris part au génocide des Yazidis en Syrie, a été ouvert lundi à Paris, marquant une première pour le système judiciaire français.
Né en 1984 à Toulouse, Essid, considéré comme présumé mort, sera jugé jusqu'à vendredi pour des actes de génocide et crimes contre l'humanité. Trois femmes yazidies, parties civiles, témoigneront à la cour.
Un procès révélateur des crimes de l'État Islamique
Proche des frères Clain, qui ont revendiqué les attentats du 13 novembre 2015, et de Mohamed Merah, auteur des tueries de Toulouse, Sabri Essid a rejoint l'État Islamique en 2014 et aurait été tué en 2018. Néanmoins, faute de preuves de sa mort, il est jugé en tant que fugitif par une cour d'assises sans jury populaire.
Me Clémence Bectarte, avocate des parties civiles, souligne l'importance de ce procès pour offrir « une autre lecture des crimes de l'État Islamique », généralement jugés en tant qu'actes de terrorisme. Elle déclare : « Il est essentiel de mettre en lumière les exactions d'une gravité particulière commises contre les civils, en particulier contre la communauté yazidie. »
Les Yazidis, une minorité kurde pratiquant une religion pré-islamique, ont subi de multiples atrocités, y compris des viols et des enlèvements, sous le contrôle de l'État Islamique, qui les considère comme des hérétiques. Le 3 août 2014, l'EI a lancé une attaque sur Sinjar, tuant, capturant ou déplaçant des centaines de milliers de Yazidis.
Esclavage sexuel et violations des droits humains
D'après les juges d'instruction, Essid, connu en Syrie sous le nom d'Abou Dojanah al-Faransi, s'est « entièrement associé à la politique d'asservissement » des Yazidis par l'État Islamique. Il aurait personnellement participé en payant pour des captives, leur infligeant des « viols répétés et réguliers » tout en leur refusant de l'eau et de la nourriture.
Auparavant condamné en France en 2009 pour association de malfaiteurs terroriste, Essid est le fils d’un ami de la mère de Mohamed Merah, connu pour ses actes meurtriers en 2012.
Essid a été photographié dans une vidéo de propagande de l'EI, incitant son jeune beau-fils à exécuter un otage. Son épouse, actuellement incarcérée, doit également témoigner au procès.
Ce procès pose la première pierre d'une reconstruction judiciaire contre les crimes de l'État Islamique en France, alors qu’un autre procès lié au génocide des Yazidis est prévu à Paris en 2027. Plusieurs pays européens, comme l'Allemagne et la Suède, ont déjà jugé des membres de l'EI pour des actes de génocide.
Olivier Christen, chef du parquet national antiterroriste, a précisé que 11 procédures liées à ces crimes sont actuellement en cours, marquant un tournant dans les efforts judiciaires pour répondre à ces atrocités.







