Alors que près de 60 % des plaintes pour violences sexuelles sur mineurs sont classées sans suite, la Commission d'indemnisation des victimes d'infractions (Civi) souligne l'absence d'explications systématiques fournies par la justice, malgré les appels répétés des associations de victimes.
"Ma fille a révélé des abus sexuels de son demi-frère pendant six ans. J'ai déposé plainte, et nous avons reçu un classement sans suite." Ces mots, parmi tant d'autres similaires, témoignent d'une réalité tragique au sein de notre société. Le récit de Léa, mère d'une adolescente, s'ajoute à ceux de nombreuses victimes ayant partagé leur douleur sur le site "Classés sans suite", lancé après la mort tragique de Lyhanna, une collégienne disparue dans le Gers.
Dans cette affaire, le principal suspect, Jérôme Barella, n'avait jamais été confronté aux plaintes déposées pour des abus antérieurs. Cette situation a soulevé des interrogations profondes sur la capacité du système judiciaire à protéger les victimes. En réaction, le Premier ministre a annoncé qu’un décret serait mis en place pour justifier ces classements sans suite, une démarche attendue par des milliers de personnes.
Entre abandon et impunité : le constat alarmant
L'affaire de Lyhanna a mis en lumière le parcours douloureux que vivent de nombreuses victimes, surtout parmi les mineurs. Sur les 5 129 témoignages publiés sur la plateforme, plus de 1 600 plaidaient l’abandon de leurs plaintes. "Il s'agit d'un système défaillant qui renonce à ses responsabilités envers les victimes," a déclaré Eve Simonet, la fondatrice de la plateforme, lors d'une interview accordée à franceinfo.
Les chiffres de la Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise) sont révélateurs : en effet, plus de 60 % des plaintes pour des violences sexuelles sur mineurs sont classées sans suite. La Commission observe que 64 % des suspects ne sont même pas passibles de poursuites judiciaires, ce qui soulève des doutes quant à l'engagement de la justice à résoudre ces affaires tragiques.
Floriane Volt, directrice des affaires publiques et juridiques à la Fondation des Femmes, souligne que ces victimes méritent une reconnaissance de leurs accusations, même lorsque les preuves ne répondent pas aux critères légaux. "Il est crucial de faire comprendre que les institutions doivent prendre au sérieux ces témoignages, afin de restaurer la confiance entre la justice et celles qu'elle est censée protéger," a-t-elle affirmé lors d'un entretien avec franceinfo.
"Aujourd'hui, comme la justice ne se met pas à hauteur d'enfants, elle n'apporte pas de réponse."
Floriane Volt, directrice des affaires publiques et juridiques à la Fondation des Femmes







