Le constat est implacable. D'après un rapport de la commission des Finances du Sénat, la France affiche des performances médiocres en matière de contrôle aérien, se classant au bas de l’échelle en Europe. Les sénateurs rapportent que "6,6 millions de minutes de retards de vols en 2025" entraîneraient des pertes estimées à 800 millions d'euros pour les compagnies aériennes et des désagréments notables pour les voyageurs.
Ce constat est également partagé par la Cour des comptes, qui met en lumière la dégradation de la gestion des flux de trafic aérien depuis la période post-Covid, posant ainsi un problème à l'échelle européenne. Les magistrats avertissent que ce manque de performances pourrait même entraîner des sanctions pour la France.
En réponse à ces critiques, le syndicat majoritaire des contrôleurs aériens (SNCTA) a exprimé, par le biais d'un communiqué, son accord sur certains constats préoccupants, tels que les problèmes d'effectifs et le turnover lié aux départs à la retraite.
Un retard dans la modernisation des outils
Concernant les outils techniques, le SNCTA a fait état d'un "retard considérable accumulé depuis plus de quinze ans", faisant de la France le parent pauvre de l’Europe en matière de modernisation. Bien que les contrôleurs aériens français soient fiers de leurs missions en matière de sécurité, ils ont exprimé leur honte face à la vétusté de leurs outils.
Le syndicat déplore une situation où, d'un côté, les contrôleurs aériens dépendent encore de supports papier (strip) et de logiciels obsolètes, et d'un autre côté, ceux travaillant dans des centres en route se trouvent contraints à des systèmes de contrôle déjà désuets. Ils remarquent que les rapports mentionnent cette réalité sans proposer de recommandations concrètes pour y remédier.
En outre, le syndicat critique ce qu'il qualifie de "manque de sérieux" dans le rapport de la Cour des comptes, soulignant que les données utiliséesont souvent inexactes.
Les problèmes liés aux grèves récurrentes de la profession, souvent mal interprétés par les compagnies aériennes, sont également mis en exergue. Le SNCTA conteste la méthodologie employée par la Cour des comptes, qui, selon eux, aurait mal saisi la situation légale régissant le droit de grève.
S'éloigner du modèle étatique
Malgré la mise en place d'un nouveau protocole social en mai 2024, les chiffres de conflit ont augmenté par rapport aux années précédentes, indiquent les magistrats. Ce protocole est d'ailleurs critiqué pour son coût, impliquant des hausses de salaires de 16 % sur la période 2023-2027, sans évaluation suffisante des performances opérationnelles.
Il convient de noter que, selon le syndicat, le financement des contrôleurs aériens ne provient pas du budget de l'État mais des redevances aériennes, régies par un règlement européen.
Enfin, le syndicat se montre fermement opposé à l'idée, émise par la Cour des comptes, de sortir le contrôle aérien du périmètre de l'État. Cette proposition est perçue comme une tentative de dissimuler les défaillances des autorités face à la question des recrutements et de la modernisation.
"Cette transformation du service en établissement public mérite une étude approfondie", conclut le SNCTA, appelant à une réflexion sérieuse sur la question, tout en affirmant que le mode de gestion doit rester dans le cadre du service public, pour assurer une responsabilité continue et une meilleure responsabilité envers les citoyens.







