La France mobilise des fonds pour sa souveraineté numérique face à la concurrence mondiale

La France investit dans sa souveraineté numérique pour rivaliser avec les USA et la Chine.
La France mobilise des fonds pour sa souveraineté numérique face à la concurrence mondiale

Epargne, capital-risque, partenariats public-privé, introduction en Bourse... La France et l'Europe intensifient leurs efforts pour sécuriser des financements destinés à leur "souveraineté numérique", un enjeu majeur récemment mis en lumière durant le salon Vivatech, visité par Emmanuel Macron.

Avec des besoins colossaux dans le domaine de l'intelligence artificielle (IA) et du quantique, la dépendance technologique aux États-Unis se révèle préoccupante, surtout après l'annonce de la suspension d'accès aux outils d'IA d'Anthropic pour les entités étrangères.

D'après le rapport Draghi de 2024, l'Europe doit débloquer entre 750 et 800 milliards d’euros par an afin de rattraper son retard en termes de compétitivité, notamment dans les secteurs de l'IA et des semi-conducteurs.

Paul-François Fournier, le directeur de l'innovation chez Bpifrance, évalue à 35 milliards d'euros les investissements nécessaires pour accompagner les start-up françaises sur les cinq prochaines années.

Bpifrance s'engage activement dans le secteur technologique français, soutenant des entreprises innovantes allant de Doctolib aux pionniers du quantique comme Alice & Bob, Quandela et Pasqal, sans oublier Mistral AI. La banque investit également dans des fonds de capital-risque.

"Nous sommes parvenus à organiser des levées de fonds entre 100 et 200 millions d'euros avec des fonds français. L'étape suivante, ce sera d'atteindre des montants de 500 millions à un milliard pour les start-up," explique Paul-François Fournier, qui souligne aussi l'importance d'une synergie entre grands groupes et start-up pour la recherche et développement.

Le fonds franco-chinois Cathay Innovation est également actif en soutenant des initiatives avec Bpifrance et divers grands noms comme ADP, BNP Paribas, TotalEnergies, et Sanofi. Cathay a récemment co-dirigé une levée de fonds d'environ 890 millions d'euros pour AMI, dirigée par Yann LeCun, un fervent défenseur de la souveraineté des États dans le développement de leur IA.

Denis Barrier, co-fondateur et DG de Cathay, souligne la différence structurelle entre les États-Unis et l'Europe : "Là-bas, ce sont les marchés financiers qui orientent l'économie, tandis qu'en Europe, le capital-risque collabore avec les industriels et bénéficie d'un soutien étatique qui favorise la coordination sans être dirigiste."

Le capital investi dans les entreprises innovantes européennes a considérablement progressé, atteignant environ 44 milliards de dollars en 2025, selon BNP Paribas, cité par Atomico.

Pour stimuler encore plus cette dynamique, BNP Paribas exhorte à mobiliser les fonds de pension pour renforcer l'innovation en Europe.

Lors de Vivatech, Lutz Diederichs, directeur général de BNP Paribas Allemagne, a mis en lumière le capital dormant dans des comptes d'épargne en Allemagne, non investi dans des projets d'avenir. "Pourquoi les États-Unis sont-ils si prospères? Parce qu'ils savent investir intelligemment. Nous devons changer notre approche pour assurer la pérennité de notre système de retraites," a-t-il déclaré à l'AFP.

Deux leaders européens du quantique, la société française Pasqal et la finlandaise IQM, préparent leur entrée en Bourse pour lever des fonds. Un autre acteur phare, Quandela, privilégie quant à lui les partenariats public-privé.

Valérian Giesz, cofondateur de Quandela, a précisé que la Commission européenne devenait actionnaire de l'entreprise en 2023 après des investissements notables. Selon lui, cela permet aux actionnaires publics de veiller à ce que les intérêts français et européens soient préservés.

Pour assurer une vraie émergence des solutions technologiques européennes, les investisseurs, les États, et les entreprises doivent s'engager dans cette direction, comme le souligne Stanislas de Rémur, membre du syndicat Numeum. "Actuellement, les entreprises européennes dépensent 264 milliards d’euros par an dans des solutions américaines pour le stockage de données et les logiciels," a-t-il indiqué, ajoutant qu'il serait judicieux de réserver 40% des achats à des sociétés européennes, comme OVH ou Outscale.

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