En proie à une crise profonde, les constructeurs automobiles d'Allemagne intensifient leurs réflexions sur l'avenir de leurs chaînes de production sous-utilisées. Parmi les solutions envisagées : une ouverture vers des partenaires chinois et l'intégration dans le secteur de l'armement.
Le pays, à l’instar d'autres nations européennes, fait face à des transitions difficiles dues à une adoption tumultueuse des véhicules électriques et à la concurrence croissante de marques chinoises telles que BYD et MG, qui offrent des automobiles de qualité à des prix avantageux.
Ces derniers représentent environ 9 % des ventes automobiles en Europe, selon le cabinet Dataforce. Dans un contexte où ils aspirent à élargir leur part de marché et à échapper aux barrières douanières, ces groupes expriment un intérêt croissant pour la production sur le vieux continent.
Pour les entreprises européennes en quête de nouvelles perspectives, accueillir des concurrents peut sembler une solution séduisante. C'est le cas du géant Stellantis, qui a concrétisé un partenariat avec Dongfeng pour exploiter ses capacités de production.
- "Assurer l'avenir" -
Volkswagen, leader du marché européen, a récemment déclaré sa volonté d'explorer de tels "partenariats" alors qu'il s'engage dans une réduction massive de ses effectifs ainsi que de sa capacité de production mondiale, visant à réduire d'un million le nombre de véhicules produits.
Bien que les constructeurs allemands n'aient pas encore franchi le pas, certains responsables politiques dans les régions touchées par la désindustrialisation semblent préférer l’arrivée de partenaires chinois à la fermeture des usines locales. Dirk Panter, ministre de l’Économie du Land de Saxe, a souligné : "Il est crucial de ne pas ignorer cette réalité pour l'avenir de notre industrie automobile en Saxe et en Allemagne".
Malgré les discussions entamées dès 2024 selon le quotidien économique Handelsblatt, aucune avancée significative n’est à signaler. Un représentant de Volkswagen a confirmé qu’il n’existait actuellement aucune négociation sur la production de véhicules chinois dans leurs usines.
Les experts soulignent que des réticences demeurent, tant du côté des constructeurs allemands que des autorités, à faciliter l'accès au marché pour les fabricants chinois, qui pourraient également être hésitants en raison des coûts de production élevés en Allemagne par rapport à d’autres pays européens.
- Fabriquer des blindés? -
Parallèlement, certaines entreprises allemandes explorent une autre avenue : la collaboration avec l'industrie de défense. Ce secteur, en plein essor grâce à l'augmentation des budgets militaires, s'est intensifié face aux menaces géopolitiques croissantes, notamment celles de la Russie.
D'après le magazine Der Spiegel, le groupe franco-allemand KNDS envisagerait de reprendre une usine Mercedes-Benz à Ludwigsfelde, à proximité de Berlin, pour y produire des équipements militaires. Un représentant du groupe a affirmé à l'AFP qu'ils sont à la recherche de partenaires près à accompagner le développement du secteur de la défense.
Mercedes a déjà reconnu qu'elle recherchait une solution durable pour son site de Ludwigsfelde, alors que Volkswagen confirment être en pourparlers avec des entreprises de défense, notamment pour un site à Osnabrück où la production automobile va être interrompue dans le cadre d'une stratégie de réduction des coûts.
Des rumeurs évoquent même des discussions avec Rafael Advanced Defence Systems pour produire des camions et des équipements liés au système de défense antimissile Iron Dome.
Cependant, l'entrée de Volkswagen dans le secteur de la défense ne sera pas sans soulever des controverses. Historiquement imprégné par son passé militaire durant la Seconde Guerre mondiale, le groupe a fabriqué des produits militaires et recouru au travail forcé. Stefan Bratzel, expert en stratégie industrielle au Center of Automotive Management en Allemagne, note : "Ce sujet complexe pour Volkswagen mérite d'être examiné de près avant que des décisions soient prises."







