Les inquiétudes montent parmi les salariés des grands magasins BHV, tant à Paris qu'en province. Face à un manque de clients et au départ de nombreuses marques, les syndicats parlent d'une situation d'"agonie", tandis que la direction évoque une phase de "transformation".
"170 ans avec vous, le BHV prépare la suite", indiquent les façades au Bazar de l'Hôtel de Ville, à Paris. Cependant, le sentiment d'abandon est palpable : des espaces immenses sont vides, et les enseignes qui peinent à attirer les clients se comptent sur les doigts d'une main.
Devant cette réalité, Maeva Normand, une cliente habituée, fait état de son constat alarmant : "C'est impressionnant de voir à quel point cet endroit est vide", dit-elle en filmant les grandes surfaces désertes, accentuées par des escalators en panne. En revanche, l'ouverture récente d'une boutique Shein, célèbre pour ses articles bon marché, a suscité des controverses.
"Nous sommes dans un entre-deux assez atypique"
Frédéric Merlin, cofondateur de la SGM, a reconnu dans un entretien accordé au magazine Challenges que l'établissement est dans une phase de transition unique. Cependant, la SGM n'a pas encore reçu l'aide financière espérée du fonds canadien Brookfield, propriétaire des murs du magasin. Les travaux pour un éventuel redéveloppement s'accompagnent d'un projet réduisant la surface sous gestion de 40 %.
Les préoccupations des employés sont amplifiées par le départ de marques prestigieuses, telles que Dior et Sandro, qui quittent le navire face à des impayés et l'arrivée de l'enseigne Shein, ennemi déclaré de bon nombre de commerçants français. Ce tumulte laisse près de 700 salariés dans l'incertitude quant à leur avenir.
"Flop complet"
L'intersyndicale du BHV a exprimé de vives inquiétudes à propos d'un chiffre d'affaires en chute libre, avec des ventes du samedi oscillant entre 45.000 et 55.000 euros, alors qu'elles atteignaient autrefois près de 500.000 euros. Des employés témoignent de journées longues et vides, avec peu de clients à accueillir.
Ce constat s'étend également aux huit autres BHV en dehors de Paris, où les salariés continuent de se questionner sur leurs salaires. Sabine Le Bourhis, déléguée syndicale centrale, a observé que la rupture des contrats avec les Galeries Lafayette a porté un coup dur à ce réseau.
Dans d'autres succursales, comme à Dijon, le magasin a même décidé de fermer le dimanche, ce qui témoigne de la morosité ambiante. Une vendeuse déclare d'un ton désabusé : "Il y a tellement de marques qui ne sont plus là, c'est désolant".
En dépit des efforts, les zones laissées vacantes demeurent présentes, occasionnant un sentiment d'urgence parmi les équipes. Le président de l'association des commerçants de Dijon voit Shein comme une opportunité, mais admet que la clientèle n'est pas au rendez-vous. Sabine Le Bourhis conclut avec une note pessimiste : "Les BHV ne verront probablement pas Noël".







