La valeur travail est en crise. Pour l’expert Antoine Foucher, le mérite ne garantit plus le progrès social, menaçant de créer une société fracturée. Il explore les causes de ce déclassement et avance des solutions concrètes pour y remédier.
Ancien directeur de cabinet au ministère du Travail, Antoine Foucher dirige le cabinet Quintet conseil, spécialisé en stratégie sociale. Dans son essai Sortir du travail qui ne paie plus, il pose un regard critique sur la rémunération du travail, qui n’assure plus son rôle de progrès social ni d’épanouissement personnel.
Quelles observations faites-vous sur le travail actuel ?
Le travail ne paie plus comme avant car il n'offre plus à la plupart des individus la possibilité d'améliorer leur niveau de vie matériel. Cette situation, inédite depuis 1945, persiste depuis plus de quinze ans. Si les conditions de vie se sont améliorées, le niveau de vie stagne pour presque tout le monde. Les jeunes doivent travailler plus que leurs parents sans bénéficier d'un meilleur pouvoir d'achat ni d'une durée de vie allongée. Cela modifie notre rapport au travail.
Quels changements dans les attitudes envers le travail avez-vous observés ?
Les Français adaptent leur rapport au travail de trois manières: d'abord par une résistance, en refusant de travailler plus longtemps ou en multipliant les arrêts maladie ; ensuite, en relativisant l'importance du travail dans leur vie personnelle ; enfin, en exigeant un sens derrière leur travail, que ce soit à travers la transition énergétique ou le service à la collectivité.
Si cette situation persiste, quelles en seraient les conséquences ?
Si la stagnation du travail continue, la France pourrait connaître un appauvrissement collectif. Les Français travaillent moins que leurs voisins européens, ce qui contribue à une diminution progressive du niveau de vie. De plus, avec l'héritage qui remplace le travail comme moyen d'enrichissement, nous pourrions sombrer dans une société d'héritiers. Actuellement, 60% des richesses proviennent de la naissance plutôt que du mérite. Cela pourrait engendrer des tensions sociales considérables.
Quelles solutions envisagez-vous pour revaloriser le travail ?
Il est essentiel de créer un nouveau paradigme pour le travail, permettant d'améliorer les conditions de vie des travailleurs. À long terme, cela passe par la réindustrialisation et l'investissement dans la formation. À court terme, il faut réduire les charges fiscales pesant sur les salariés pour augmenter leur pouvoir d'achat. Parallèlement, il est crucial d'offrir aux travailleurs la possibilité de choisir leur emploi, transformant ainsi leur expérience professionnelle en un acte de réalisation personnelle.
Comment envisager le financement de ces propositions ?
Le financement est réalisable, mais requiert une volonté politique forte. Je préconise une fiscalité plus juste, en demandant davantage à ceux qui tirent des revenus sans travailler, comme les rentiers ou les héritiers. Cela inclut une révision de l'impôt sur les successions et l'élaboration de planchers pour les revenus passifs afin que chacun contribue équitablement à la société sans tomber dans l'optimisation fiscale. Mon livre vise à redonner au travail la place qui lui revient face à la rente.
Bio
> 1980 : naissance à Paris
> 2001 : licence de lettres modernes (Paris III)
> 2002 : licence de philosophie (Paris I)
> 2003 : maîtrise de sciences politiques (Paris X)
> 2005 : master de Sciences Po Paris, mention affaires publiques
> 2007-2010 : administrateur civil du Sénat, commission des affaires sociales
> 2010-2012 : conseiller du ministre du Travail et de la Santé, Xavier Bertrand
> 2012-2016 : directeur général adjoint du Medef
> 2016-2017 : directeur des relations sociales de Schneider Electric France
> 2017-2020 : directeur de cabinet de la ministre du Travail, Muriel Pénicaud
> Depuis 2020 : président de Quintet conseil
Réflexion sur le sens du travail
Chroniqueur mensuel dans le journal Les Échos, Foucher continue d'explorer le sens du travail dans son dernier essai Sortir du travail qui ne paie plus. Il souligne que depuis 1945, chaque génération a vu son niveau de vie s'améliorer, mais cela semble désormais révolu. L’objectif est de bâtir une société où le travail favorise tant l’épanouissement individuel que le bien commun.
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