Cette mise en lumière est d'autant plus significative après des décennies d'effritement de l'image de Grasse. Historiquement connue comme la capitale de la parfumerie, la ville a souffert de la concurrence internationale et de l'essor des ingrédients synthétiques.
Aujourd'hui, la dynamique a radicalement changé. Les plus grands groupes de la parfumerie mondiale, comme L'Oréal et Coty, réinvestissent dans la région, redonnant vie aux cultures florales et ressuscitant le savoir-faire local en tant qu'atout stratégique.
Le retour du Salon international des matières premières pour la parfumerie (Simppar) à Grasse, qui s'est tenu les 26 et 27 juin, illustre bien ce renouveau. Ce salon, précédemment réservé à Paris, renforce le statut de Grasse en tant que pilier de l'industrie mondiale des parfums.
De 3.000 tonnes de rose Centifolia à seulement 59 tonnes en 2011
Ce regain d'intérêt contraste avec la chute vertigineuse de la production au XXe siècle. En 1939, Grasse récoltait jusqu'à 1.600 tonnes de rose Centifolia. Cependant, la concurrence étrangère et la pression immobilière ont progressivement gravement impacté les surfaces cultivées. En 2011, la production était tombée à 59 tonnes, soit une baisse alarmante de 98 %.
D'après Julien Maubert, expert en matières premières chez Robertet, cette situation semblait désespérée dans les années 80 et 90. Le coût de production y était souvent plus élevé comparé aux pays comme l'Égypte et l'Inde, aboutissant à un effondrement des cultures locales.
"La rose Centifolia a une touche florale unique que l'on ne retrouve pas dans la rose damascena, pourtant largement cultivée ailleurs", explique l'expert Fabrice Pellegrin.
La fidélité des grands noms
La survie de Grasse s'explique en partie par l'attachement des grandes maisons de luxe à des matières premières locales. Chanel, par exemple, a établi un partenariat durable avec la famille Mul pour la culture des fleurs utilisées dans le célèbre Chanel N°5. Cette usine d'extraction, ouverte en 1987, est un modèle rare dans l'industrie.
De même, Dior et Louis Vuitton ont signé des accords d'exclusivité avec des producteurs grassois, contribuant à la préservation des savoir-faire, reconnus par l'inscriptions au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO en 2018. Leur engagement envers une agriculture durable et locale s'inscrit dans l'association "Les fleurs d'exception du pays de Grasse".
Ce dynamisme ne se limite pas aux maisons de luxe. De grands groupes comme dsm-firmenich, International Flavors & Fragrances et Givaudan renforcent leur présence à Grasse. Symrise, par exemple, a récemment fusionné son siège avec des sociétés grassoises, témoignant d'un intérêt croissant pour cette région.
"Ici, c’est la Mecque du parfum. On ne peut ignorer Grasse dans notre stratégie", affirme Alexandrine Demachy, présidente de SFA-Neroli.
Grasse, la vitrine idéale
La renaissance de Grasse passe également par une reconquête agricole. En 2018, la municipalité a redéfini son plan d'urbanisme, reclassant près de 100 hectares en terres agricoles, sécurisant ainsi la culture des plantes à parfum. La superficie agricole de la commune a presque quadruplé, passant de 178 à 928 hectares.
Laetitia Lycke de l'association "Les fleurs d'exception" souligne une évolution dans les relations agriculteurs-industriels, facilitée par des contrats entre les jeunes producteurs et de grandes entreprises, permettant à ces derniers de s'investir dans le secteur. Ces changements illustrent la reposition de Grasse comme un lieu d'innovation et de créativité en parfumerie.
Avec des initiatives comme celle de Louis Vuitton, qui a ouvert Les Fontaines Parfumées, centre dédié à la création de fragrances, la ville se révèle être une véritable vitrine du savoir-faire artisanal.
"Dans ce métier, la richesse ce sont les gens," conclut Jean-Yves Parisot, président de Symrise, illustrant l'importance du savoir-faire humain dans ce secteur.
Grasse se profile donc comme un modèle de résilience et d'innovation au sein de l'industrie de la parfumerie, attirant une nouvelle génération de talents et de passionnés, tout en honorant son riche héritage olfactif.







