L'association niçoise, à l'origine d'une action innovante, redistribue du matériel informatique reconditionné pour combler le fossé numérique. Face à une demande qui explose en ce début d'année, elle multiplie ses efforts.
Sous un éclairage festif de Noël, des centaines de tours d'ordinateurs, d'écrans et de claviers s'alignent dans le hangar du Marché d’intérêt national de Nice. Cet espace, traditionnellement consacrée aux fleuristes, est aujourd'hui un important centre d'opérations pour l'Association Banque du Numérique. Avec un afflux de demandes sans précédent, l'association se prépare à répondre aux besoins accrus des personnes démunies d'outils numériques.
Une exposition de la demande
Au 11 mars, près de 204 demandes de matériel émanant de centres sociaux divers avaient déjà été enregistrées, un chiffre qui représente presque le double de la moyenne habituelle, souligne Hélène Guyon, déléguée générale de l'organisation. Fondée en 2001, la Banque du Numérique s'inspire de l'initiative de la Banque Alimentaire pour lutter contre la fracture numérique dans cette région.
Alors que le quotidien des citoyens s’illustre par des démarches de plus en plus digitalisées, réunir les personnes déconnectées est un véritable défi. Les bénévoles collectent, testent et reconditionnent le matériel issu principalement de dons des entreprises. Ces machines, une fois rénovées, reçoivent un système d’exploitation libre et un processus de réparation en cours d'industrialisation, permettant une mise en service plus rapide.
La responsable de l'association confie : « Nous avons l'intention de développer un serveur capable de reconfigurer 32 ordinateurs simultanément, ce qui nous aidera à répondre aux sollicitations croissantes ». Cependant, malgré l’image de station balnéaire privilégiée que véhicule certains, le rapport d'activités révèle que 174 000 individus dans le département font face à cette problématique, dont 67 % des seniors de plus de 75 ans.
Une mission en constante évolution
Les chiffres parlent d'eux-mêmes : en 2025, la Banque du numérique a ainsi distribué 708 appareils au sein de 83 communes, contre seulement 195 l'année précédente. Toutefois, Hélène Guyon insiste sur le fait qu’ils ne peuvent pas aller au-delà de ces prévisions. « Nous ne sommes pas un fournisseur au détail. Chaque distribution d’appareils passe par un accompagnement, car ceux qui refusent de se former ne peuvent bénéficier de l'équipement. »
Les profils des bénéficiaires sont variés. Il s’agit majoritairement de femmes (60 %), de travailleurs à faible qualification ainsi que d’individus en recherche d’emploi ou en auto-entrepreneuriat. « La dématérialisation a fait des pas de géant. Nous ne touchons pas uniquement les populations précaires », souligne-t-elle.
Malgré les changements générationnels, la réalité de la fracture numérique persiste. Avec un budget annuel de 220 000 euros, la Banque du numérique, qui recrute des bénévoles, souhaite amplifier ses actions en faveur des séniors dans les zones rurales. L'émergence de l'intelligence artificielle, confie encore un membre de l'association, représente une barrière supplémentaire pour certains, renforçant leur appréhension vis-à-vis du numérique.







