Dès l'entrée, une atmosphère de vide s'impose dans la cathédrale Saint-André de Bordeaux : l'orgue, avec ses pièces de buffet, est en pleine phase de démontage. Ce projet longtemps attendu, lancé fin février et prévu d'être achevé au plus tard le 20 mars, est la réponse à une qualité d'instrument jugée défaillante par de nombreux experts. Jean-Baptiste Dupont, organiste titulaire, confie avoir souvent dû improviser pour accompagner les cérémonies religieuses.
La disparition de cet orgue ne suscite guère de nostalgie, et pour cause : la majorité des composants vont être remplacés. De fait, seulement cinq jeux sur les soixante-seize actuels pourront être réutilisés, soit près de 400 tuyaux sur plus de 6 000. "Certains éléments valent la peine d'être recyclés", tempère Dupont. Les métaux constitutifs, tels que le plomb et l'étain, pourraient être refondus pour produire de nouveaux tuyaux, compte tenu de la flambée des prix de ces matériaux.
Les tuyaux en bois, pour leur part, iront directement à la déchetterie, illustrant la qualité déplorable de l'instrument. Il ne s'agit pas seulement d'éléments matériels, mais d'une approche stylistique inadaptée à l'immensité de l'édifice. "C'était comme placer un orgue de salon dans une gare", déclare Dupont, soulignant l’écart entre l’ancien orgue et la majesté de la cathédrale.
Pour le futur orgue, prévu pour 2030, la manufacture autrichienne Rieger Orgelbau, déjà en charge de la restauration du buffet classé, promet une instrument de haut niveau, conçu pour une acoustique optimisée. Ce nouvel orgue comprendra 6 800 tuyaux, variant de 10 mètres à des dimensions plus modestes pour offrir une richesse sonore adaptée à divers répertoires musicaux s'échelonnant sur cinq siècles.
Alors que la cathédrale s'apprête à entamer des travaux de restauration entre avril 2026 et septembre 2029, tel un défi du temps, elle continuera de vibrer grâce à son orgue de chœur, qui bien que plus petit, n'en reste pas moins un bel instrument, portant l'héritage musical de l'édifice.







