Le Parlement européen a validé mercredi l'usage de nouvelles techniques génomiques (NGT) en agriculture. Ce texte, soutenu majoritairement par le centre et la droite, a pour but d'accroître la résilience des cultures face à des défis tels que la sécheresse ou les maladies, mais il soulève des inquiétudes parmi les défenseurs de l'environnement et les petits exploitants agricoles.
Lors d'une session à l'hémicycle de Strasbourg, les eurodéputés ont rejeté tous les amendements visant à rouvrir les discussions sur cette législation, offrant ainsi leur dernier feu vert à l'application des NGT.
Un débat tendu
Les NGT permettent de modifier le génome des plantes en préservant leur ADN d'origine, contrairement aux OGM de première génération. Bien qu'appartenant à la catégorie des organismes génétiquement modifiés, elles ne sont pas classées comme « transgéniques ». Le débat autour de ces nouvelles technologies est particulièrement clivant en Europe, créant des fractures au sein du monde agricole. Selon un rapport de France Info, ces méthodes d'édition génomique avaient jusqu'à présent été catégorisées comme OGM, dont la culture est interdite dans l'UE, sauf pour de très petites surfaces de maïs en Espagne et au Portugal.
Jessica Polfjärd, eurodéputée suédoise et rapporteure du texte, a défendu cette innovation comme une opportunité pour développer des plantes résistantes aux effets du changement climatique, augmentant ainsi les rendements sur des superficies réduites.
De nombreux agriculteurs, notamment aux Antilles, ont exprimé leur soutien à cette avancée technologique, souvent perçue comme indispensable pour lutter contre des attaques phytopathologiques, comme le champignon de la cercosporiose noire ravageant les bananeraies.
Critiques et préoccupations
Cependant, cette initiative est vivement contestée par des agriculteurs bio et des représentants de petites exploitations. Thomas Gibert, maraîcher, a qualifié les NGT de « risque majeur », alertant sur une possible privatisation du vivant et l'homogénéisation des cultures, soutenue par une agro-industrie puissante.
Le débat au sein du Parlement a également vu des tentatives de modification de la loi. Le socialiste Christophe Clergeau a mis en garde contre le risque que l'introduction de brevets sur les NGT entraîne une concentration du marché entre quelques grands groupes, menaçant la diversité et la viabilité des petits producteurs européens.
Les NGT, bien défendues par le centre-droit, devraient renforcer la compétitivité européenne face à des pays comme les États-Unis et la Chine, qui utilisent déjà ces techniques.
Vers un avenir encore incertain
Les variétés issues de ces NGT promettent des cultures moins gourmandes en ressources. Toutefois, à l'heure actuelle, l'étiquetage des produits issus de NGT n'est pas prévu pour le public. Cela suscite l'inquiétude de plusieurs ONG environnementales telles que Pollinis, qui appellent à plus de transparence dans ce domaine.
Dans les années à venir, le chemin de l'innovation semble semé d'embûches avant que ces nouveaux organismes modifiés soient disponibles sur le marché. Selon des experts de l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), des évaluations approfondies des risques sanitaires et environnementaux devront être réalisées avant toute commercialisation.







