Ce dimanche 10 mai, La Rochelle a vibré au rythme d'une cérémonie poignante pour célébrer le 25e anniversaire de la loi Taubira, qui a reconnu l'esclavage comme un crime contre l'humanité. Au bord du chenal du Vieux Port, la statue 'Clarisse', représentant une mère nourricière achetée à Saint-Domingue, rend hommage aux victimes de la traite des esclaves. Cette œuvre de l'artiste haïtien Woodly Caymitte, inaugurée il y a deux ans, attire l'attention des passants et témoigne d'une mémoire collective bien vivante.
Lors de cette journée nationale dédiée, le maire Olivier Falorni a rappelé l'importance de ce texte, faisant de la France le premier pays au monde à qualifier l'esclavage de crime contre l'humanité. "La Rochelle n'oublie pas son passé d'infamie, car ce port fut l'un des plus grands ports négriers de France", a-t-il souligné. En effet, entre la fin du XVIIe siècle et le milieu du XVIIIe, la ville fut responsable de l'envoi de 130 000 Africains au-delà de l'Atlantique via 427 navires, plaçant ainsi La Rochelle en deuxième position après Nantes sur ce triste palmarès.
Ablaye Gueye, adjoint au maire chargé des droits de l'homme, a partagé son expérience personnelle lors d'un pèlerinage sur l'île de Gorée, marquant sa connexion à ses racines sénégalaises. Ému, il a raconté comment son fils, voyant les lieux où des enfants étaient entassés pour être déportés, s'était exclamé : "Pourquoi leur a-t-on fait ça ?" Ces paroles résonnent comme un écho des souffrances passées et s'ajoutent à la réflexion collective sur l'héritage de l'esclavage.

L'héritage d'un port entre ombre et lumière
Les témoignages continuent alors que l'on se remémore le rôle de La Rochelle dans le commerce triangulaire. "Ce port a participé à la prospérité de notre territoire, mais également à des atrocités", a déclaré Sabine Gervais, députée et ancienne suppléante d'Olivier Falorni. Son discours a rappelé que le chemin vers la réconciliation et la mémoire collective est encore long.
La célébration ne s'est pas perdue dans le chagrin. "Une ville grandit quand elle regarde son histoire", a perceptivement noté Josy Roten, présidente de l’association Mémoria. Le rassemblement a trouvé sa conclusion dans une interprétation de la Marseillaise, chantée a cappella pour honorer ceux qui ont lutté contre l’esclavage et pour lesquels la mémoire reste vivante.







