Valeurs actuelles. Dans un climat politique tendu, quel message comptez-vous transmettre aux acteurs d'une droite souvent fracturée, surtout dans la capitale ?
Charles Millon. Pour que la droite prenne à nouveau les commandes en France, elle doit premièrement faire preuve de diversité et accepter les différentes sensibilités au sein de ses rangs. Chaque membre doit s'unir dans une dynamique de respect mutuel.
Étant donné les résultats récents, il est crucial que les candidats de droite s'accordent sur un programme commun pour les municipales, dépassant ainsi les divisions historiques. Face à une gauche qui sait s'unir, la droite ne peut pas se laisser entraver par les injonctions du politiquement correct qui lui imposent de ne pas s'allier avec le RN.
Il devient impératif de rassembler autour d'un projet commun. Les électeurs, dans de nombreuses grandes villes et même les villes moyennes, aspirent à un véritable changement. Ils souhaitent tourner la page des utopies écologistes et des maladresses socialistes en faveur d'une gouvernance pragmatique.
En ce qui concerne Lyon, où l'écologiste Grégory Doucet occupe actuellement le poste de maire, que pensez-vous de la candidature de Jean-Michel Aulas, qui se présente comme un représentant de la société civile sans se revendiquer explicitement de la droite ?
Jean-Michel Aulas représente un type de candidat typique de Lyon. La ville a toujours connu des maires qui n'étaient pas nécessairement issus des partis politiques, mais qui étaient profondément enracinés dans leur communauté, comme Louis Pradel ou Francisque Collomb.
Face à un maire sortant qui défend son bilan et le promeut auprès des citoyens, Lyon mérite un candidat qui offre un programme à la fois compétent et rassemblant plusieurs sensibilités. Il n'est pas trop tard pour que Jean-Michel Aulas engage cette démarche, nécessaire pour attirer toutes les familles de la droite et du centre. Pour contrer des appareils de gauche qui réussissent à s'organiser discrètement, la droite doit faire de même, sous peine de perdre des élections.
Comment conceptualiser cette union des droites ? Sur quelles bases devrait-elle s’appuyer ?
À l'image de la tradition politique britannique où se côtoient deux grands blocs, un de droite et un de gauche, je pense qu'il est essentiel que nos élections se tiennent sur un seul tour. Cela réduira les tractations entre les tours et obligera à une clarification au sein du paysage politique français. La problématique des extrêmes ne devrait pas être gérée par l'État, mais plutôt par les partis politiques eux-mêmes.
L'union doit être fortement ancrée dans les valeurs fondamentales de la droite : la subsidiarité, l'autorité, la responsabilité et la liberté, y compris celle de passer des parents à éduquer leurs enfants. Plusieurs grands maires ont compris cela, ayant élaboré des politiques éducatives solides dans leurs municipalités, garantissant ainsi un développement équilibré de la France durant des décennies.
Pourquoi les leaders de la droite peinent-ils à se rassembler, même à minima, pour contrer la gauche ?
Un nombre significatif de responsables craignent de s'aliéner le politiquement correct. Ce qu'ils semblent ignorer, c'est que cette norme se retourne désormais contre eux. Pour répondre aux attentes des Français, comme le reflètent les sondages, il est crucial d'établir une union des droites réfléchie et équilibrée au niveau local. Cela implique de mettre de côté les ambitions personnelles et de ne plus céder aux injonctions des élites de gauche, souvent très bien organisées.
En 1998, vous avez remporté la présidence de la région Rhône-Alpes grâce à l'appui du Front National. Avec le recul, que pensez-vous de cette période ?
Disons que j'avais une longueur d'avance sur notre temps. Je suis arrivé avec un programme clair en six points, sans autres alliances ou compromis. Le succès a déclenché une onde de choc politique, mêlant violence morale et physique.
La gauche a immédiatement compris que si ce type d'accords s'étendait, elle risquait de perdre son pouvoir, tout comme ce fut le cas à la fin des années 70 avec François Mitterrand. Ils ont alors décrété une moralisation du débat politique, entraînant la droite dans un piège du cordon sanitaire, qui l’a affaiblie au fil des ans.
On m'a reproché d'avoir été élu avec les voix du FN, mais en démocratie, chaque voix compte. L'absence de mandat impératif et le secret du scrutin protègent ces décisions des pressions extérieures.
Êtes-vous favorable à renforcer les pouvoirs des maires ?
Il y a une centralisation et une bureaucratie excessive qui étouffent notre démocratie. Les voix des élus locaux doivent avoir plus de poids. Une véritable démocratie nécessite que les décisions soient prises le plus près possible des citoyens, avec l'idée que des niveaux supérieurs n'interviennent qu'en cas d'incapacité des niveaux inférieurs.
Les réformes mises en place, telles que la fusion des communes, ont seulement asphyxié nos territoires, nuisant à la démocratie et à l'équilibre territorial. Je suis fermement opposé à ces fusions forcées, qui n'ont apporté qu'une bureaucratisation croissante.
Le cumul des mandats pourrait-il revitaliser notre démocratie ?
Oui, c'est indispensable. Un parlementaire sans connaissance terrain risque de déconnecter les réalités des lois qu'il propose. Je plaide donc pour une réouverture au cumul, mais sans aller vers des excès passés.
Concernant la suppression du service militaire, pensez-vous qu'il s'agissait d'un bon choix ?
Quand j'étais ministre, j'ai d'abord été opposé à cette suppression. Les chiffres témoignaient d'un problème de désengagement des appelés. À ce moment, il était nécessaire de passer à une armée professionnelle pour faire face aux enjeux modernes. Mais cela implique de maintenir un lien fort avec la nation à travers une réserve robuste.
Que pensez-vous de la gestion budgétaire actuelle des armées ?
Je soutiens les critiques formulées par des parlementaires comme Christophe Gomart. Il est crucial de conserver notre souveraineté en matière de défense plutôt que de se soumettre à une commission européenne qui pourrait vouloir en prendre le contrôle.
Quelle est votre réaction aux idées d'Emmanuel Macron concernant la dissuasion nucléaire ?
Macron a une approche qui semble novatrice, mais elle ne l'est pas. Viser une souveraineté européenne est dangereux et pourrait engendrer des tensions. Une défense sérieuse mérite une sagesse et une prudence considérables, à la lumière des leçons passées.
Enfin, qui considérez-vous comme les grands soldats de l'histoire de France ?
J'évoquerais Foch, Leclerc et Denoix de Saint Marc, figures emblématiques du XXe siècle militaire français.







