Ce vendredi 13 mars, Bertrand Badie, professeur émérite à Sciences Po et expert en relations internationales, s'est exprimé sur la stratégie de l'Iran suite à la récente perte d'un soldat français au Moyen-Orient. Lors de son intervention dans "La Matinale", il a souligné le déstabilisateur système de conflits actuels mis en place par Téhéran, portant un regard critique sur ce qu'il appelle la "stratégie du désordre".
La France envisage-t-elle d'être plus active dans le conflit au Moyen-Orient, après la mort tragique d'un soldat lors d'une attaque près d'Erbil ? Dans cette perspective, Badie explique que la notion même de victoire militaire a évolué. "On ne gagne plus en instaurant l'ordre, même parmi les puissants," dit-il. Il met l'accent sur un "jeu circulaire autour du pétrole qui implique un coût énorme", tant sur le plan humain qu'économique.
D'autres experts, comme l'analyste géopolitique Jean-Marc Ayrault, soulignent que "la globalisation des conflits est symptomatique d'une époque où l'ennemi est souvent inconnu et où l'agression prend la forme d'une insurrection diffuse". Cette approche constitue une arme particulièrement efficace pour un régime plus faible face à de plus puissants adversaires.
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Djamel Mazi, un leader d'un groupe armé irakien, a déclaré : "Nous annoncerons à partir de cette nuit que tous les intérêts français en Irak et dans la région seront sous le feu de nos attaques". Quelle réponse la France peut-elle apporter ?
Bertrand Badie : Il est crucial de comprendre que les acteurs extérieurs agissent souvent par réactivité plutôt que par initiative. Ce cadre de conflit, en particulier celui-ci, illustre une dynamique où la instabilité est devenue la norme. "C'est un phénomène tout à fait nouveau," commente-t-il, "et totalement en rupture avec les théories classiques de la guerre". Le désordre, parsemé de nuisances et de souffrances, s'avère être un mécanisme pour contraindre les puissances à arrêter le conflit en raison des conséquences économiques élevées, indiquant un changement de paradigme dans la façon de mener la guerre.
Est-il impensable de prévoir les répercussions économiques des conflits touchant le détroit d'Ormuz ?
Un interlocuteur a même noté qu'un étudiant de première année aurait pu élaborer un travail clair sur les bouleversements économiques que nous subissons aujourd'hui. Lorsque l'ennemi ne peut pas être démontré « terrassé », la solution est d'engendrer un environnement chaotique. "Les conséquences économiques de cette guerre menacent non seulement les États-Unis et Israël, mais également l'économie mondiale dans son ensemble," souligne-t-il, en citant les inquiétudes de Friedrich Merz, qui souhaite que ce conflit prenne fin rapidement.
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