La notion de puissance d'un pays ne réside plus uniquement dans ses déclarations, mais également dans sa capacité à fournir des biens essentiels tels que des médicaments, des composants technologiques et des ressources stratégiques. Cette évolution a engendré ce que l'on appelle la « diplomatie des usines ».
Les pénuries de médicaments, qui touchent toutes les tranches d'âge, illustrent particulièrement bien cette réalité. Selon une enquête de la Commission européenne, plus de 50 % des ruptures de stock sont dues à des problèmes de production. Pour y remédier, l'UE a introduit une loi sur les médicaments critiques, destinée à garantir un approvisionnement stable et à privilégier la qualité sur le prix dans les achats publics.
Mais cette dynamique ne se limite pas à la santé. Les matières premières comme le lithium ou les terres rares sont également devenues des enjeux stratégiques. L'UE s'est engagée à réduire sa dépendance, en fixant un seuil de 65 % de dépendance à un seul pays pour chaque matière critique. Cela inclut des mesures accélérées pour l'extraction et le traitement, un fait souligné par Ouest-France.
Les micro-puces, essentielles pour une multitude de dispositifs modernes, incarnent cette fragilité contemporaine. La loi américaine Chips Act vise à doubler la production de semi-conducteurs en Europe d'ici 2030, soulignant l'urgence de développer une production locale fiable.
En matière de défense, cette logique industrielle prend également de l'ampleur. La nécessité de pièces détachées et de munitions en temps de crise a poussé l'OTAN à faire de la production un axe stratégique, renforcé par le plan d'action de l'Union européenne, le Livre blanc « Readiness 2030 », qui prévoit des investissements substantiels pour garantir des capacités industrielles en temps de guerre.
La diplomatie des usines, bien qu'elle semble moins spectaculaire que les sommets internationaux, a des implications profondes. Elle se traduit par des calendriers de livraison, des compétences techniques, et un tissu économique robuste, contribuant ainsi à un pouvoir national durable. Comme le souligne un rapport récent, investir dans la production locale est devenu un impératif tant pour la souveraineté économique que pour la sécurité nationale.







