Les écrivains, souvent solitaires, ne sont guère habitués aux actions groupées. Dans le milieu feutré de l'édition, les conflits se règlent généralement à l'abri des regards. La récente lettre ouverte de 170 auteurs prend donc une ampleur exceptionnelle.
Ces auteurs annoncent qu'ils ne souhaitent plus être publiés par Grasset, dénonçant le départ d'Olivier Nora, une figure respectée qui a dirigé la maison pendant plus de vingt ans. Les écrivains perçoivent dans cette éviction l'influence directe de Vincent Bolloré, et craignent une atteinte sérieuse à l'indépendance éditoriale, citant une "guerre idéologique" visant à imposer un autoritarisme croissant dans la culture et les médias.
Ce qui fait la force de cette protestation, au-delà de son ampleur, c'est sa diversité : des auteurs de gauche tels que Sorj Chalandon, ainsi que des figures de droite comme Frédéric Beigbeder, s'unissent pour exprimer leurs craintes. Une rare convergence qui semble transcender les clivages habituels.
Vincent Bolloré, qui a acquis Grasset en 2023, pourrait plaider pour son droit de redéfinir la direction de la maison. Cependant, ses méthodes, souvent qualifiées de brutales, laissent entrevoir un climat de rejet chez de nombreux acteurs du secteur. Après avoir assisté à des purges similaires dans plusieurs médias qu'il a acquis, notamment chez I-Télé et Europe 1, la crainte d'un "uniformisme" s'intensifie. 38 employés de Grasset, en particulier, ressentent les effets de cette turbulence organisationnelle, témoignant de leur désarroi face à l'incertitude de l'avenir.
Nous pouvons facilement imaginer l'inquiétude des collaborateurs qui voient leur travail s'effondrer.
Personne n'ignore que les maisons d'édition, tout comme certains journaux, s'articulent souvent autour de sensibilités politiques. Ce qui rend cette situation particulièrement préoccupante, c'est la volonté apparente de Bolloré de faire fi de la pluralité habituelle des voix. Avec une force financière énorme et une stratégie muri par son entreprise idéologique, il semble plus déterminé que jamais à imposer son point de vue.
La question qui se pose est désormais : quel devient l'avenir de ces petites structures classiques qui ont longtemps représenté un pilier du paysage littéraire français ? Un signataire de la pétition, alarmé par la tournure des événements, évoque à juste titre le titre du dernier Goncourt : "La Maison vide".







